• L'Interview de RoyautéNews

    La nouvelle rubrique de L'Interview de RoyautéNews

    Écrivains, artistes, biographes, personnages de pouvoir, personnalités royales, diplomates, hauts responsables, témoins, voyageurs, découvreurs, se retrouvent sur RoyautéNews.

    L'Interview de RoyautéNews     Parmi nos dernières Interviews

    Daniel de Montplaisir à nouveau, Diego Ancalao une nouvelle Interview, le Duc de Bauffremont-Courtenay.

     L'Interview de RoyautéNews

  • La Rédaction

     

    Nous vous présentons cette nouvelle Interview fondamentale du leader chilien Mapuche Diego Ancalao Gavilán. Au mois de mars, il s'est déclaré candidat à la future élection présidentielle du Chili qui se tiendra en novembre 2021, accomplissant ainsi un acte historique.

    L'Interview du candidat Diego Ancalao pour le Chili

     

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    Pour comprendre la logique de cet ensemble : la réponse à la 1ère question, située après les trois préambules, remonte au mois de mars, avant l'officialisation de la candidature.

    Les passages soulignés ou gras, ou entre guillemets, ont été volontairement choisis par le candidat.

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    L'Interview de Diego Ancalao Gavilán

    L'Interview du candidat Diego Ancalao pour le Chili

    Préambule premier. RoyautéNews :

    Il y a quelques jours se sont tenues différentes élections locales (15-16 mai).

    Avez-vous été présent dans ce premier combat avec vos amis et que direz-vous à ceux qui, Mapuche ou non Mapuche, se sont présentés à ces élections ? Et à ceux qui ont approuvé le processus constituant ?

     

    Diego Ancalao : Les 15 et 16 mai, nous avons démontré qu'un vote peut changer la vie. Et si elle peut changer la vie, elle peut aussi changer le pays. Aujourd'hui plus que jamais dans l'Histoire nous devons nous unir, non seulement pour écrire la nouvelle Constitution, mais pour écrire l'Histoire. Nous ne serons plus jamais spectateurs. 140 ans pour ce qui est de mon peuple Mapuche et 200 ans pour le Chili, c'était assez d'attendre. Ce que nous avons fait aujourd'hui se répercutera dans les générations à venir.

    "Aujourd'hui plus que jamais dans l'Histoire nous devons nous unir. Nous ne serons plus jamais spectateurs".

     

    Préambule Second. RoyautéNews : Le processus constituant, qui a atteint son point culminant en octobre et novembre 2020, fut à certains égards une grande déception. Pouvez-vous décrire le mauvais fonctionnement des ouvertures apparemment accordées au Peuple Mapuche et aux autres peuples originaires ?

    Pour autant, soutenez-vous l'approche de ceux qui ont postulé pour les sièges réservés ?

     

    Diego Ancalao : - Je suis traversé de pensées au sujet du processus constituant dans lequel nous sommes embarqués. Ce qui ressort est que je perçois la distance abyssale entre le Chili qui vient de s'éveiller entre les bras des gens ordinaires, plein d'espoir pour un pays plus équitable et plus juste, et la manière dont le système des partis gère ce moment crucial de notre histoire.

    Mais ce qui est en train de se passer a aussi son intérêt. Comment ont-ils pu générer ces perceptions de changement, à un moment où tous rejetaient les politiciens professionnels ? La réponse est aussi triste que simple : ils ont suscité ce conflit depuis leur propre champ de bataille, c'est-à-dire depuis les votes du Congrès et un plébiscite dont le résultat était prévisible. En définitive, un processus constitutionnel normatif a été conçu pour établir une camisole de force qui empêche la participation réelle des citoyens, des présidents des associations de base, des indépendants et des peuples originaires.
    De cette façon, ils ont réussi à assurer l’hégémonie dans les partis de gouvernement et d’opposition en dépassant les 2/3 des constituants, laissant les quotas indigènes et indépendants, comme un signe d’une prétendue légitimité démocratique.

     

    Préambule Trois. RoyautéNews : Désormais, nous devons considérer cette situation historique et formidable : pour la première fois, un Mapuche participera à la course institutionnelle, à travers les élections présidentielles qui auront lieu en novembre. Il s’agit ici de laisser la simple, mais juste exigence, revendication ou réclamation, pour entrer pleinement dans l’action légale et politique au plus haut niveau.


             Avant d’aller plus loin, un mot pour commenter maintenant que les choses ne seront plus jamais comme avant ?

     

    Diego Ancalao : - Les vieilles pratiques et l'institutionnalité décadente éprouvée dans les élites ont été rejetées en vue de la Constituante et maintenant il faudra voir comment cela se manifeste dans les présidentielles. Les Indigènes et le Chiliens et les Chiliennes, nous devons nous unir et recueillir la richesse qui habite notre diversité pour faire face à l'extraordinaire défi commun : restaurer la démocratie et un authentique bien-être pour tous.

    Dans cette voie choisie par une majorité qui s'est réveillée, nous avons décidé de proposer une candidature présidentielle, pour être la voix de l'unité politique et sociale d'un peuple qui veut parvenir à un Bien-Être inclusif et ouvert à toutes celles et tous ceux qui se sentent appelés à cet objectif de transformation.

    Nous savons que cette campagne ne sera pas facile. Cependant rien ne peut freiner la puissance de millions de gens qui réclament un changement. On nous a dit qu'un Mapuche jeune ne pourrait jamais devenir Président du Chili, que nous ne devrions pas tenter une aventure aussi risquée, que nous ne pourrions vaincre les partis unis contre nous. Mais c'est précisément en raison de ces obstacles que nous nous sommes engagés dans cette tâche, qui nous est confiée depuis mes ancêtres qui ont donné leur vie pour la liberté de notre Peuple, et aussi par tant de gens qui nous ont encouragés à rechercher les conditions de l'égalité pour toutes celles et tous ceux qui croient dans le Bien Vivre.

     

    RoyautéNews :  

    (Cette candidature) Est-ce pour changer complètement l'état des choses, spécialement cette invisibilisation du Peuple Mapuche, et des autres peuples originaires ?

    (la réponse à cette question date du mois de mars, avant l'officialisation de la candidature)

     

    Diego Ancalao : Tout d'abord il faut signaler que "Nous, en tant que Mapuches, nous pouvons être une chance pour résoudre les problèmes du Chili".

    L'histoire de mon Peuple Mapuche, et aussi la mienne, me permettent aujourd'hui  de formuler, en toute propriété, mes idées sur les douleurs du Peuple Chilien. Cela tend à établir une nouvelle normalité, un nouvel ordre, une manière différente de comprendre le développement et finalement l'intronisation de la personne comme le centre de la vie publique et le sens ultime de la coexistence sociale.

    Je suis Mapuche, et comme tel, j'ai vécu, aussi haut que remonte ma mémoire, l'expérience quotidienne de la discrimination, l'abus de pouvoir et l'exclusion de la part d'un État  qui a prétendu nier l'existence de mon Peuple.

    Nous sommes un peuple digne qui n'a jamais cessé de lutter pour les droits qui les concernent. C'est ainsi que nous avons vaincu l'empire espagnol, des mains de Pelantaro de Puren indómito, ma terre. Au-delà des sacrifices que cela implique. En cela nous sommes, depuis 480 ans. Et nous voici vivants, et avec la force ancienne qui nous tient debout. 

    Nous devons mûrir une conscience de Peuple Mapuche, et une conscience citoyenne pour nous unir. En effet nous découvrons ces coïncidences fondamentales de tous les exclus, qui ont des traits clairement identifiables. "L'avenir retardé du Chili est intimement uni aux peuples indigènes, nous ne pouvons cheminer seuls"...

    De manière très explicite, le Peuple a hissé de nombreux drapeaux, mais deux en particulier : celui du Chili et celui de la nation Mapuche, en un geste de réparation et de restitution véritablement émouvant. En effet cela a été un symbole de ce que c'est le Peuple qui a installé les Mapuches en un lieu que l'histoire officielle a tenté d'ignorer. Ce que n'ont pas fait les détenteurs du pouvoir, ce sont les gens ordinaires qui l'ont fait dans un puissant signal de valorisation de l'identité de la nation indigène.

    Cette simplification de l'idéologie qui nous a dominés depuis cette époque ne cesse de révéler la racine du problème auquel nous sommes confrontés aujourd'hui : il existe deux Chili, celui d'un petit groupe privilégié, et l'autre dans lequel vivent les exclus, de la modernité, directement dans la pauvreté ou dans la fragilité absolue de cette soi-disant classe moyenne".

    Cela ne signifie pas recommencer l'Histoire à partir de zéro. Mais bien, qu'il faut réapprendre des modes différents pour nous relier réciproquement, de produire la richesse et de partager cette richesse. Créer une société solidaire est possible.

    Ma première analyse portait sur la situation des peuples originaires de tout le pays et particulièrement de mon Peuple Mapuche, mais très vite je me suis aperçu que le contexte d'exclusion de nos peuples n'était que le reflet du vécu quotidien d'une majorité silencieuse du pays.

    Des faits historiques et récents révèlent que les cas de corruption politique, le financement irrégulier des partis, spécialement par des entreprises privées, l'impunité des fils des possédants, la collusion révoltante d'entreprises dépourvues de scrupules et aussi la répression injuste du Peuple Mapuche et l'impunité des assassins de Camilo Catrillanca et de quinze autres Mapuches, protégés par des montages démontrés, ont rongé et finalement épuisé la crédibilité de l'État et de la plupart des institutions.

    Il me semble que le plus grand problème à résoudre pour sortir de la crise actuelle est, précisément, la caste politique qui en a été le produit. Cela regarde les fonctions essentielles de la bonne politique qui sont, d'une part, la promotion du bien général plutôt que du bien particulier, et d'autre part, la capacité de prendre des décisions collectives, exprimant les intérêts des citoyens.

    Il nous faut une nouvelle politique qui s'oriente de manière systémique à réduire les inégalités structurelles dont souffrent des millions de Chiliens et pour influer sur les conditions objectives des ménages, de telle sorte qu'il soit possible d'atteindre les aspirations de mobilité sociale et de qualité de vie que le peuple réclame.

    Les exigences d'aujourd'hui, sont un meilleure qualité de la démocratie et de la représentation politique ; et une meilleure capacité redistributive de l'État.

    La qualité de la démocratie dépend dans une large mesure de la qualité de ses dirigeants, et dans ce domaine la pauvreté est extrême. Je me prends à dire qu'en ces temps, les conditions principales qui doivent s'exiger des politiciens sont la simple et pure décence, en premier lieu, à quoi il faut ajouter, qu'ils soient des serviteurs publics, avoir une vision d'État centrée sur le bien commun, et les compétences professionnelles qui les habilitent à résoudre des problèmes.

    Le projet du Bien-Vivre

    L'idéal de société Mapuche consiste en la configuration d'une communauté pour le Bien-Vivre de la majorité et non pour le "bon fonctionnement" du marché. Comme un écho lointain, mais puissant, à partir duquel les cultures indigènes ancestrales nous appellent et nous invitent au bien vivre (bien-être) (kumemogen" en mapudungun ; ndlr la Langue Mapuche) et à assurer, à chacun, une vie digne.

    Selon ce concept, le bonheur des gens ne consiste pas en la pleine réalisation de toutes leurs attentes et de leurs intérêts individuels, mais dans la valorisation du bien commun comme principe supérieur. La condition humaine nous transforme en une famille globale, unie par des liens de profonde solidarité et de respect. La grande majorité des ces nations premières vivaient selon ces "règles d'or", selon lesquelles la liberté personnelle et l'égalité communautaire n'étaient pas des valeurs contradictoires, mais étroitement dépendantes l'une de l'autre.

    Nous devons nous situer bien au-delà des idéologies qui, tout en étant légitimes, peuvent nous transformer en îles indépendantes où chacun impose les règles qui lui conviennent le mieux. Ces mondes polarisés ont démontrés leur échec et ont créé beaucoup de frustration.

    La culture Mapuche place la valeur de la vie au centre du développement. En effet, pour les peuples originaires le bien être est important comme source inépuisable du développement humain, qui se traduit par le besoin de vivre en harmonie avec soi-même, avec la communauté et avec la Nature.

    Ainsi, par exemple, la sentence : "Que rien ne manque à personne, et qu'il (le bien) profite à tous". L'essentiel pour obtenir une qualité de vie basique, est conservé par le Peuple Aymara, dans sa vision de la “Suma kamaña” ou Bien Vivre.

    Ainsi, ce modèle peut être une contribution pour le Chili qui vient de se réveiller, plus d'un cauchemar que d'un rêve.

    Par conséquent, le futur du peuple Mapuche et des autres peuples originaires sera brillant ou éteint, selon ce que seront ses gouvernants. pour cela, nous sommes appelés à créer une force politique, dans le cadre démocratique, parce que sinon, on nous rejetterait hors de lui, mais non seulement nous devons nous considérer comme des Mapuches, mais que nous pouvons être aussi une chance de résoudre les problèmes du Chili.

    Il ne serait pas étonnant de penser à Diego Ancalao comme une figure possible aux prochaines élections présidentielles. Ancalao a depuis des années consolidé un projet politique, il fut candidat indépendant au poste de sénateur, et comme il le soutient, il a besoin d'un bloc politique social et plurinational.

    C'est la voie à suivre pour récupérer les droits sociaux, politiques et économiques qui nous ont été enlevés et qu'aujourd'hui, nous avons décidé de récupérer et de restaurer dans toute la mesure du possible.

    Je souhaite inviter le Peuple Chilien, à nous faire (l'un avec l'autre) les porteurs de notre destin et à lutter pour le bonheur auquel nous avons droit.

     

     

    RoyautéNews : - Dans cette question comme ensuite, nous ne traiterons plus du Bien Vivre, dans lequel peut se reconnaître tout Chilien, ou toute personne dans le monde, mais nous allons parler de la candidature présidentielle, dans sa portée générale et qui va au-delà des idées de positionnement.

       Votre candidature, lorsque vous invitez le Peuple Chilien, doit-elle donc être conçue, et perçue comme une offre politique à tous les Chiliens, et qui couvre tous les problèmes, pas seulement ceux des peuples originaires, mais de toute la population ?

     

    Diego Ancalao : Les mouvements de protestation lancés il y a plus d'une décennie par des lycéens et qui ont atteint leur point culminant en Octobre 2019,  se sont transformés en un cri qui réclame la dignité des personnes et de la Nature, et un mandat des citoyens pour l'établissement des conditions d'égalité approfondissant la démocratie, les droits de l'homme et une santé intégrale de notre communauté de vie. 

    Les thèmes que nous voulons installer dans la campagne présidentielle sont: l'inclusion du savoir indigène pour l'intégrer à la forme du travail et à la vision de nos institutions fondamentales. La correction de mauvaises pratiques et habitudes, fondées sur une ambition excessive, l'égoïsme, le manque de compassion et l'indifférence pour les plus oubliés ; la réparation et la guérison des abus commis contre les enfants, les femmes et les adultes majeurs. Et une Éducation qui nous permette de passer d'une culture basée sur la compétence et la séparation, à une culture dans laquelle prime la collaboration, le respect du dialogue, de la diversité, et de l'écoute de tous les secteurs de la société.

    Dans cette campagne (comme je le disais plus tôt) nous nous situerons bien au-delà des idéologies qui, tout en étant légitimes, peuvent nous transformer en îles indépendantes où chacun impose les règles qui lui conviennent le mieux. Ces mondes polarisés ont démontrés leur échec et ont créé beaucoup de frustration.

    Oui, bien sûr, ce sera une candidature pour être Président du Chili, un descendant des libérateurs Mapuches.

     

    Certains lecteurs pourront penser que ces déclarations seront seulement les aspirations d'un groupe d'idéalistes. On pourra penser que cela sonne bien, comme une poésie romantique élaborée. Mais on a dit la même chose à Martin Luther King lorsqu'il luttait contre le racisme, à Gandhi, quand il cherchait l'indépendance de l'Inde par la voie de la non-violence, à Nelson Mandela, quand il croyait en la nécessité d'en terminer avec l'apartheid, et à Pelantaro, mon ancêtre, quand on lui disait qu'il ne pourrait jamais vaincre les conquistadors espagnols. Et tous ces oracles se sont lourdement trompés. Je ne prétends pas me comparer à ces figures marquantes de l'Histoire, je peux seulement affirmer que j'ai des convictions qui ont poussé ma vie, depuis que j'ai découvert les difficultés d'être Mapuche, pauvre et discriminé par mon origine. Cela, loin d'animer en moi l'esprit de vengeance, m'a fait valoriser la vérité, la justice, la liberté, la fraternité, l'égalité et la paix, comme fondements de la coexistence sociale et du développement humain intégral.

     

    RoyautéNews : Croyez-vous qu'un Chilien d'origine différente de celle des peuples originaires peut se reconnaître dans l'éventail de propositions et de réformes que vous allez proposer, vous et vos amis ?

     

    Diego Ancalao : Oui, bien sûr. Comme je le disais plus tôt « l'histoire de mon peuple Mapuche et aussi la mienne, me permettent aujourd'hui de formuler, à juste titre, mes idées sur les souffrances du Peuple Chilien. Il s'agit d'établir une nouvelle normalité, un nouvel ordre, une façon différente de comprendre le développement, et finalement, d'installer la personne comme le  centre de la vie publique et le sens ultime de la coexistence sociale. »

     

    RoyautéNews : Pour les lecteurs du monde entier qui suivent l'évolution de la situation chilienne, pouvez-vous nous dire ce que cette candidature assurera, en dehors de l'exposition médiatique, et notamment sur le plan institutionnel, par exemple quant à participer à des tables de négociation ? 

     

    Diego Ancalao : Le Chili requiert une profonde libération des liens qui nous ont été imposés. Cette liberté proviendra de qui seront disposés à conserver leur indépendance et seront prêts à faire face aux adversités que cela implique, comme l'ont fait nos ancêtres, et comme notre Peuple le fait chaque jour. La libération sera le résultat des conditions de plus grand égalité, de la garantie des droits,  de la conscience de nouveaux devoirs de citoyenneté et de la conscience d'être une communauté fraternelle et solidaire.

    Les négociations seront le résultat d'un processus. Non l'objectif de ce processus.

     

       RoyautéNews : - En particulier, qu'est-ce que (la candidature) cela changera  pour ce qui est de la participation aux tables de négociation, autour de questions importantes que le processus constituant actuel en prévoyait pas, comme aussi vous l'avez signalé en différents textes ou articles ?

     

    Diego Ancalao : Dans cette situation de triomphe des indépendants et la déroute du système des partis politiques, tout pourrait changer. Et les conditions sont réunies pour qu'un indépendant soit Président du Chili, pour la première fois.

    Les dernières élections ont fini de remettre les choses à leur place. Il apparaît en évidence que le Chili est en train de se transformer par le bas. Selon Moisés Naím, ce qui se passe, n'est pas causé par la rivalité de méga-acteurs, mais comme la montée en puissance des micropouvoirs et leur capacité de défier les puissants avec succès.

     

    RoyautéNews : Le fait d'avoir été candidat, ouvrira-t-il par exemple plus facilement la question de la représentation politique des peuples originaires, permettra-t-il d'obtenir des sièges réservés, non plus dans un processus constituant inefficace et pour le moins incertain,  mais au sein des organes supérieurs de prise de décision, où tout se décide : au Congrès, spécialement au Parlement, et plus exactement cela facilitera-t-il un jour l'ouverture d'un nombre plus grand de sièges réservés ? (pour le lecteur, seulement 17 sièges ont été ouverts au lieu du nombre de 24, prévu d'abord pour accueillir les rédacteurs de la nouvelle Constitution) 

    Diego Ancalao :  - Bien entendu, notre candidature vise à éviter la dispersion du pouvoir politique qui vient d'être conquis par les peuples autochtones, et contribuer à impulser le changement dont les peuples ont besoin.

    Il est important de souligner que la seule inscription comme candidat avec 30 000 signatures est un triomphe politique, qui jamais en 200 ans de république n'a été atteint, ce qui transforme automatiquement le dialogue ou monologue unilatéral en un débat plurinational et interculturel.

     

    RoyautéNews : De façon générale, grâce à la légitimité obtenue en termes de représentation populaire, qu'est-ce que cette candidature pourrait obtenir après cette impulsion ? 

     

    Diego Ancalao : En effet, nous nous trouvons à un moment de chute du système politique unique, de la crédibilité des politiciens et le manque de confiance du publique dans les institutions, qui ont créé le moment propice pour que des projets comme le nôtre deviennent viables.

     

    L'épicentre des décisions s'est transporté en la demeure de n'importe quel habitant, de quelque lieu que ce soit dans le pays. Et les gens ont décidé de faire confiance à un voisin ou à une voisine qu'ils ont vu grandir, cherchant la certitude d'une représentation efficace, et non soutenue sur des promesses de campagne.

     

    La politocratie, celle des partis, a été démolie, et la dignité de la charge de Président de la République a été gravement mise à mal par un homme d'affaires déguisé en homme politique, dominé par un narcissisme pathologique.

     

    Le résultat de l'élection de l'Assemblée Constituante marque un avant et un après dans l'Histoire du Chili. En même temps que la politocratie est à terre et la caste politique en déroute, l'épicentre des décisions retourne au Peuple. En ce moment, Indigènes, Chiliens et Chiliennes, nous devons nous unir pour le Küme Mongen et ainsi la diversité coexistera dans des conditions de plus grande équité et avec un respect total pour la Terre Mère.

     

    Après les dernières élections (de ce mois-ci) et cette transformation depuis le bas et l'ascension des micro-pouvoirs (voir plus haut), la caste politique et économique ne parvient pas à observer ce qui se passe devant elle. Elles devraient se regarder dans un miroir pour apercevoir le visage de leur échec qui a causé désespoir, frustration et abandon. On récolte ce que l'on a semé. 

     

    RoyautéNews : Qu'en est-il de la question des registres de vote et le fait que 700 000 Mapuches au moins, n'y sont pas inscrits ?

     

    Diego Ancalao : La participation du registre indigène n'a pas dépassé 30% de participation. Cependant, dans le cas de notre candidature présidentielle, le registre est ouvert et tous peuvent voter sans s'inscrire.

     

    RoyautéNews : Quelle sorte de reconnaissance souhaitez-vous obtenir (pour le Peuple Mapuche par exemple) et qui ne soit pas une reconnaissance folklorique ? Ainsi qu'à propos de la reconnaissance d'un État plurinational ?

     

    Diego Ancalao : Ce que nous demandons à l'État est l'autonomie territoriale, politique, administrative et économique, qui permette la création de parlements par identité territoriale, ce qui serait en parfaite syntonie avec la convention 169 de l'OIT* notamment les articles 7 et 8, qui se réfèrent à la manière propre d'organisation que se donnent les peuples et de décider de leur avenir dans tous les domaines du développement. Pour l'atteindre, la création d'un sattut d'autonomie est nécessaire, conclu entre l'État et le Peuple Mapuche, comme cela a été obtenu avec grand succès dans beaucoup de pays du monde. Cela n'est pas contradictoire avec une véritable intégration dans la diversité. la coexistence des peuples est parfaitement possible dans la mesure où les Chiliens continuent d'être régis par les lois nationales et le Peuple Mapuche par des lois spéciales. 
    (* Organisation Internationale du Travail ; ndlr)

    Bien sûr, nous devons former un consensus, d'abord, entre ceux qui cherchent à libérer notre Peuple Mapuche des chaînes de la ségrégation politique et de la spoliation territoriale, qui a pour conséquence la pauvreté matérielle et l'inégalité sous toutes ses formes. Il n'est plus possible d'attendre 140 ans de plus. C'est la tâche de la nouvelle génération de dirigeants. Soyons clairs et précis là-dessus : face à cette tentative d'extermination et d'assimilation de notre Peuple, l'union doit être supérieure à nos légitimes différences. C'est la façon de vaincre, une fois pour toutes, les groupes de pouvoir qui ont fait l'État à leur convenance et l'ont transformé en un outil de discrimination, de ségrégation et d'inégalité.

     

     

    RoyautéNews : Que voulez-vous dire par cette expression amusante et très significative du « dégouvernement » ?

     

    Diego Ancalao : Le manque de direction politique, le manque de vision d'un homme d'État qui a aggravé les conflits depuis que l'inégalité sous toutes ses formes a érodé profondément la démocratie.

     

    RoyautéNews : Quel mode de développement désirez-vous, (ainsi que sur la nouvelle épistémolgie de développement dont vous avez parlé) ?

     

    Diego Ancalao : Le Bien Vivre est une utopie et en même temps une possibilité certaine. Il est une utopie, parce qu'il constitue le rêve d'un pays différent, composé de tous ceux et celles qui acceptent une coexistence dans la diversité, sous les conditions de la plus grande équité dans le respect total de la Terre Mère. Mais aussi, il est une possibilité certaine, puisque les peuples indigènes ont vécu des millénaires avec ce précepte. En effet l'unité de base de la civilisation humaine est la tribu. En elle, chacun a besoin du travail d'un autre, jusqu'à constituer une communauté étroitement interdépendante. C'est ce que nous montre aujourd'hui la pandémie, en ce sens que si vous vous comportez de façon responsable, vous sauvez la vie d'un autre. A l'époque tribale, celui qui chassait un animal le faisait pour sa tribu, pas pour le vendre au plus offrant. En réalité nous ne venons pas proposer des idéologies qui nous seraient étrangères, mais de ce que nous sommes vraiment.

    "Le fait que le drapeau Mapuche soit utilisé par les Chiliens et les Chiliennes dans les manifestations massives, nous parle d'une identification avec les exclus, et donc avec le Mouvement pour le Bien Vivre du Chili. Cette candidature représente les besoins de tout le Chili dans le cadre de la norme du système démocratique existant."

     

    Sur cette voie, choisie par une majorité qui s'est réveillée, le Bien Vivre, inclusif et ouvert à toutes et à tous, se transforme en un élément d'unité politique et sociale des peuples, et de ceux qui se sentent appelés à cet objectif de transformation.

     

     

    RoyautéNews : Que pourriez-vous dire au sujet de la collecte des signatures dont vous vouliez parler ?

     

    Diego Ancalao : Ma candidature ne se situe pas exclusivement à partir de ce qui est Mapuche, mais comme représentant de deux mondes, le Mapuche et le Chilien, intégrant la culture ancestrale des nations originaires qui vivent au Chili avec la culture du Chili métissée contemporaine.

    "J'ai toujours soutenu que la confrontation politique se résolvait dans le cadre démocratique, dans un dialogue politique, mais interculturel et plurinational." Il s'agit d'une candidature citoyenne indépendante et autogérée, elle n'est financée par aucun parti politique, aucune entreprise, organisme ou groupe d'intérêt. C'est un appel à tous les citoyens et citoyennes du pays pour appuyer, de son nom sur SERVEL ** la première candidature Mapuche à la présidence, de manière à inclure la vision du monde, la philosophie et la gouvernance indigène dans le débat présidentiel.
     

     

    ** Service électoral officiel du Chili ; ndlr.

     

    RoyautéNews : Les autres partis, y compris l'opposition, maintiennent seulement en place un état de choses qui ne change pas au Chili, le laissant être un pays socialement gelé, rétrograde, et qui a laissé aéchapper toutes les occasions qui pouvaient lui ouvrir l'espace d'une démocratie adulte. Pouvez-vous confirmer que vous situez votre candidature dans cette perspective, pour emplir un espace qui en réalité ne semble pas exister ?

     

    Diego Ancalao : La politocratie a été démolie, la dignité de la charge de Président de la République, gravement atteinte par un homme d'affaires déguisé en politicien. Il est devenu clair qu'il existe un vide de pouvoir qu'en ce moment le PC et le FA***, la citoyenneté consciente leur a déjà fait clairement comprendre qu'ils font partie du problème.

    *** Parti Communiste et Frente Amplio

    Nous devons aspirer humblement, sans aucun recul, à remplir ce vide de pouvoir et éviter qu'il ne soit rempli par d'autres personnes qui reviendraient nous tromper.


     

    "Tout est possible quand existe la foi et un rêve partagé". Dans notre pays beaucoup vivent dans des conditions indignes que personne ne mérite.

    Les peuples originaires, les métis et les pauvres sont une réalité que beaucoup ignorent ou simplement ne veulent pas voir. Je ne suis pas disposé à ce que cette situation se maintienne. L'apathie, l'indifférence et la résignation ne sont pas des options pour moi. Les choses doivent changer et nous serons ce changement.

     

    "C'est la force que je veux partager : Il est possible de réaliser nos rêves et vivre dans un monde plus juste". Les choses doivent changer et nous serons ce changement. Voici et homme jeune, avec force et intégrité, sans peur, né dans cette terre de Purén Indómito **** - la terre du Libérateur du Peuple Mapuche, Pelantaro y Ancalemun - capable de vaincre l'adversité et que je connais depuis qu'il est enfant. Si vous-même vous avez la conviction et la foi, nous serons invincibles. Le temps est venu de penser, et d'exécuter le projet pour le Bien Vivre qui nous rendra honneur et dignité. Je n'ai aucun doute ni aucune peur car j'ai vu la grandeur et le courage de mes ancêtres."

     

    *** Qui ne se traduit pas mais veut dire Purén Invaincu. Ndlr.

     

    RoyautéNews : Merci !


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  • La Rédaction

    Pour sa première Interview , nous recevons sur RoyautéNews Charles-Emmanuel, le nouveau Duc de Bauffremont.

    Il est, avec sa famille, au centre de la question royale française et à ce titre un témoin privilégié et essentiel.

    Dans cette Interview que nous avons choisie courte, il livre un propos ferme et encourageant pour le royalisme français, en plein essor ces dernières années, un essor dû à la personnalité du Prince Louis de Bourbon qui affiche un front serein et résolu, n'hésitant pas à exprimer pour les Français des paroles de soutien dans une époque largement secouée de tous bords et qui affiche une présence régulière dans les occasions qui témoignent du souvenir toujours conservé de la monarchie française.

    Le Duc de Bauffremont est aussi le Président de l'Institut de la Maison de Bourbon.

     

    L'Interview du Duc de Bauffremont sur RoyautéNews

    Charles-Emmanuel de Bauffremont

     

    L'Interview du Duc de Bauffremont

     

    RoyautéNews : - L'année 2020 a été très lourde pour tous, et dans le monde entier, pour les raisons que l'on connaît. Elle l'a été aussi pour les royalistes, avec le départ, au début de l'année, de votre père le Duc de Bauffremont, et tout récemment, celui de M. Hervé Pinoteau. Sitôt avant, celui de M. Daniel Hamiche, une figure très estimée au sein du Légitimisme. On doit ajouter bien sûr celui de M. Michel Josseaume, durant l'été, et dire que la famille Légitimiste a été fort éprouvée.

     
    Duc de Bauffremont : - L'année 2020 aura été en effet une année charnière dans l'histoire du Légitimisme contemporain avec la disparition à quelques semaines au moins d'intervalle des trois principaux piliers de la renaissance de ce courant après le second conflit mondial.

    Michel Josseaume, mort en juillet 2020, et mon père avaient été en effet à l'origine de la toute première renaissance dans les années 1945/46 c'est-à-dire au moment où le chef de maison le prince Jacques-Henri pouvait lui aussi reprendre le flambeau de la branche aînée et affirmer haut et fort ses droits comme l'héritier et le successeur des rois de France selon les lois fondamentales. Hervé Pinoteau qui a commencé à être actif dès le début des années 50 peut être rattaché à cette génération née dans les années 20. C'est elle qui vient de disparaître. La génération qui a dû réaffirmer et faire connaître les droits de la branche aînée qui avait été peu à peu oubliée après la mort du comte de Chambord en 1883. Leur rôle a été essentiel.

    Désormais il faut passer à une nouvelle étape, celle de la valorisation du modèle institutionnel car on voit bien, maintenant que le successeur légitime est connu et reconnu, que c'est là où se situe l'enjeu, faire reconnaître l'intérêt de la royauté pour l'avenir.


    RoyautéNews : - Quelles sont les forces et les faiblesses du royalisme français aujourd'hui ?

    Le Duc de Bauffremont : - La force est désormais que la monarchie est bien reconnue et acceptée. Plus personne n'a peur de se dire royaliste et nombreux sont ceux qui constatent que là où elle existe, elle a des effets positifs, même quand elle est très amoindrie. Ainsi en Belgique elle demeure le pivot de référence qui fait l'unité.
     
    Mais la faiblesse vient du peu de connaissances que les Français ont en matière institutionnelle. On a l'impression, parfois que la république leur paraît une sorte d'aboutissement qui ne peut être dépassé.
    Pourtant si on regarde objectivementle bilan des deux siècles de république ne plaide pas en sa faveur. Combien d'échecs? Combien de morts ?
    Les "valeurs" de la république souvent invoquées par certains semblent aussi minces que difficiles à définir et surtout elles sont relatives, soumises à ce que les puissants du jour en font.
    Il faut donc faire redécouvrir aux Français ce que pourrait apporter une restauration de nos jours, par exemple dans les domaines de l'éducation, des libertés, de la prise en compte de la vie de la naissance à la mort, de la souveraineté et de l'indépendance tant politique qu'économique, pour ne parler que des plus grands échecs actuels de la république causes de toutes les crises actuelles. Non, le salut ne peut vraiment pas passer par cette forme usée du pouvoir, instituée à la fin du XVIIIème siècle et qui n'aurait pas dû durer. La république c'est le passé. La royauté l'avenir.
     
     
    RoyautéNews : - Existe-t-il une relève, solide, pour aujourd'hui comme pour demain au sein du royalisme dynastique ? Les jeunes sont-ils en nombre (bien que relatif), parmi les vrais engagés ?
     
    Le Duc de Bauffremont : - Oui, heureusement la relève arrive. La jeunesse notamment réagit. Nous en avons des témoignages multiples. Partout en France des initiatives émergent. Voyez-vous, une génération, celle des centenaires s'éteint, mais une nouvelle celle des trentenaires apparaît. C'est cela qui compte.
     
    Cette génération souvent n'a pas été déformée par des a priori ou par une sorte de pensée unique. N'ayant rien reçu du système éducatif, elle est allée aux sources et a redécouvert les vertus du droit naturel, du bon sens et de la réalité si nécessaire en politique si l'on ne veut pas construire sur du vent.
     
     
    RoyautéNews : Merci !

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  • La Rédaction                 Photo©RoyautéNews

    L'Interview de Daniel de Montplaisir autour de sa biographie de Lamartine

    Daniel de Montplaisir revient sur RoyautéNews pour notre plus grand plaisir après la parution de sa biographie :

    Lamartine ; Un poète en politique, aux Éditions Tallandier (à consulter ici). Pour sa biographie, on se reportera à son Interview précédente, en cliquant ici.

     

     

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    L'Interview de Daniel de Montplaisir sur RoyautéNews

     

    RoyautéNews : Comment avez-vous arrêté votre attention sur ce personnage, pour composer une biographie moderne et approfondie ?


    Daniel de Montplaisir : - Pour deux raisons assez personnelles : à l’âge de huit ans, la découverte de L’Automne provoqua ma toute première émotion poétique ; puis, les hasards de la vie remirent à six ou sept reprises Lamartine sur ma route, durant mes études et à l’Assemblée nationale qu’il a durablement marquée.
    Et pour deux raisons plus objectives : un collègue, professeur d’histoire de la littérature aux États-Unis, me fit remarquer qu’il n’existait aujourd’hui en librairie aucune biographie rééditée de celui que les Américains considèrent comme l’un des plus grands poètes de l’histoire mondiale et comme un homme d’État exceptionnel : il fallait donc réparer cela.


    De surcroît Lamartine a conservé la réputation d’un royaliste converti à la république, or, vers la fin de sa vie, il est revenu au légitimisme : cela aussi il fallait le rappeler car on l’a souvent perdu de vue.


    Enfin, on a trop oublié ses contributions à l’évolution de la société, un seul exemple : l’abolition de l’esclavage outre mer, qu’on lui doit bien plus qu’à Victor Schœlcher.


    RoyautéNews : - La vie de l'Assemblée, du temps de Lamartine, était-elle si tumultueuse que dans l'ordinaire de la Ve République (que vous connaissez bien) ?


    Daniel de Montplaisir : - Elle l’était bien davantage. Le palais Bourbon résonnait alors de discours enflammés, on était encore loin du tryptique «  liturgie, litanie, léthargie » qui s’est peu à peu instauré sous la IIIe république. On discutait des textes de lois en profondeur, les partis politiques n’existaient pas, du moins pas de façon structuré, non plus que la discipline de vote.
    La notion de « godillots » n’était pas encore apparue. Les députés, et les ministres, écrivaient eux-mêmes leurs discours et faisaient assaut d’érudition. Beaucoup s’exprimaient sans notes : une autre époque. Gardons-nous quand même d’angélisme : les groupes d’intérêt étaient déjà puissants et, particulièrement sous la monarchie de juillet, actionnaient bien des députés comme leurs marionnettes. Certains élus aussi ne connaissaient que «  la voix de son maître. » Ce qu’il y avait de plus fascinant chez Lamartine, outre son talent oratoire et ses convictions, c’était sa farouche indépendance, et à tous égards. Chaque fois qu’il intervenait à la Chambre, les tribunes du public étaient bondées, il y avait beaucoup de dames ...

     

    RoyautéNews : - Cette question sera plutôt un clin d'œil... Vous dites que Lamartine "a incité à une réduction des inégalités de fortune". Cette idée n'est-elle pas un peu influencée, dans la manière de l'exprimer, par les habitudes d'aujourd'hui ?

     

    Daniel de Montplaisir : - Oui, je reconnais que le terme est quelque peu anachronique. Lamartine demeurait surtout soucieux de venir au secours des plus pauvres, selon une conception classique, et éminemment chrétienne, de la charité. Mais il fut aussi parmi les premiers à comprendre que cela ne suffisait pas et qu’on ne pourrait réduire la misère sans s’attaquer, politiquement, aux inégalités. Il figure indiscutablement parmi les pionniers – autre anachronisme - ce que qu’on appellera plus tard le catholicisme social.

     

    RoyautéNews : - A un moment donné, Lamartine "dénonce le caractère policier du régime" : rien n'a changé ... Sans aller jusqu'à dire que le poète aurait été Gilet Jaune par exemple, peut-être, au lieu de rechercher comme on le fait à chaque changement de système politique, faudrait-il plutôt chercher quels vices, quelles pratiques, se perpétuent au fil des siècles, et qui sont plus solides que la forme apparente choisie ou non choisie d'ailleurs ?

     

    Daniel de Montplaisir : - Il est vrai que chaque révolution se dénoue souvent par un regain de conservatisme. Lamartine en était conscient et reprochait beaucoup à la monarchie de juillet de confisquer des libertés, spécialement celle de la presse, dont la défense était pourtant à l’origine de son accession au pouvoir. C’est pourquoi, vers la fin de sa vie, il estima que la forme du régime – république, monarchie ou empire – importait moins que la politique menée. Il réalisa aussi que, finalement, ces libertés qui lui tenaient tant à cœur, s’épanouiraient le mieux dans le cadre de la monarchie légitime : les révolutions font couler du sang pour rien.

     

    RoyautéNews : - Vers le début de votre livre, vous effectuez une synthèse de la Poésie depuis l'ancien temps, depuis la fin du 18ème siècle, jusqu'à la période de René Char, étonnante par sa concision totale tout en donnant l'essentiel. Mais... Vigny, là-dedans ?

    Daniel de Montplaisir : - Alfred de Vigny, ainsi que l’autre Alfred, Musset, apparaissent plusieurs fois dans l’ouvrage, qui n’est pas une histoire de la poésie. J’ai seulement voulu situer le « moment Lamartine », expliquer son formidable succès puis son déclin. Lui-même ne s’est jamais reconnu d’aucune école, ni romantique ni autre, et je crois d’ailleurs que cette notion est assez vaine en poésie, qui est un art tout d’individualité.

     

    RoyautéNews : - Le Poète en politique... pour le dire au présent, cette  pourrait-il exister à nouveau ? Certes des hommes politiques ont aimé la Poésie ou la littérature, mais imagine-t-on un Poète descendant dans l'arène aujourd'hui en France (car en Tchécoslovaquie ce fut le cas voici quelques années) en cette ère si prétentieuse ?

     

    Daniel de Montplaisir : - Notre époque, a écrit Jean-René Van der Plaetsen, « porte aux nues les braillards et s’extasie devant l’immodestie ». Je dirais même l’inculte nombrilisme. Il est certain qu’un Lamartine y trouverait difficilement sa place et qu’il ne ressemble en rien à nos actuels dirigeants dévorés par la médiocrité ambiante. Mais n’oublions pas que lui aussi fut rejeté par les Français, qui lui préférèrent Louis-Napoléon Bonaparte, avec la réussite finale que l’on sait. Alors, restons optimiste avec un autre poète, Paul Valéry : «  patience dans l’azur, chaque atome de silence est la promesse d’un fruit mûr. »

    RoyautéNews : - Vous indiquez que Lamartine aurait inventé le concept de la société libérale avancée, (vous parlez du libéralisme avancé, équivalent). Il a résisté aux sirènes du monarque bourgeois. Est-il donc un de ces « génies perdus », auto-sacrifié sur l'autel de sa sincérité et de sa pureté d'âme, et qui aura fondé l'avenir comme votre ouvrage le démontre ?


    Daniel de Montplaisir : - Il a rêvé, en décembre 1833 lorsqu’il vient prendre son siège de député d’un « parti de royalisme avancé et impartial », non sans quelque naïveté, il faut bien le dire. Il en sera quasiment le seul membre, même s’il compte des amis comme Royer-Collard. Sa solitude, cœur de sa poésie, se retrouve dans son isolement politique. D’autant plus méritoire qu’il est alors bien difficile de résister aux sirènes d’un gouvernement qui fonctionne essentiellement par clientélisme et par menace du désordre, dont il se croit le bouclier des nantis, ainsi que par le système des candidats officiels.
    On ne peut cependant parler de sacrifice : Lamartine croit que l’avenir appartient à ses convictions, il les soutient donc sans faillir et espère bien les voir triompher un jour. Il n’a pas le culte du martyr. Ses échecs ultérieurs le font réagir un peu comme le fera le général de Gaulle : « on saura plus tard que j’avais raison ». Et c’est vrai en très grande partie.
     

    RoyautéNews : - ... Mais puisqu'il se situe tout à l'inverse du courant opportuniste, appartient-il à notre Panthéon du royalisme traditionnel ? Est-il un héros avancé de la royauté légitime, affrontant la houle des nécessités sociales, et pas du tout «un transfuge » ?


    Daniel de Montplaisir : - Traditionnel non car, à la différence, par exemple, d’un Pierre-Antoine Berryer ou d’un Robert Bouhier de l’Écluse, ou bien sûr d’un Chateaubriand, fidèles et obstinés partisans de l’avènement d’Henri V, Lamartine s’est désintéressé de l’héritier du trône en exil. Il a d’abord cru possible de faire évoluer positivement la monarchie de juillet puis il a donné sa chance à la république ; en revanche il a refusé toute compromission avec le second Empire, malgré les nombreuses perches que lui a tendues Napoléon III.
    Sa reconversion tardive à la légitimité était sincère mais plus théorique que pratique : il n’a jamais cherché à entrer en contact avec le comte de Chambord, alors que celui-ci envisageait, en cas de troisième Restauration, de faire une place à Lamartine. Qu’ils ne se soient jamais rencontrés est vraiment dommage : leurs idées étaient souvent proches, par exemples sur le suffrage universel, les libertés publiques, l’égalité des droits et des chances ou la question sociale. ais lorsque Chambord se trouve enfin à deux pas du trône, Lamartine est mort depuis deux ans : ils ont pâti d’une mauvaise concordance des temps.

     

    RoyautéNews :  Merci !


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  • La Rédaction

    Diego Ancalao Gavilán est un jeune leader Mapuche et qui comptera dans l’avenir, de plus en plus, et nous le souhaitons. Il est l'un des jeunes hommes les plus prometteurs de la génération Mapuche montante, et il est déjà bien connu au Chili. Mais, il faut bien se dire que tout, là-bas, est à venir.

    Il est Président de la Fondation Institut du Développement et de Leadership Indigène, et ambassadeur du Forum Mondial Indigène. Il est aussi le fils du Chef de la Communauté de Purén, patrie d'un des héros Mapuches, Pelantaro de Purén, dont la phrase célèbre a servi au titre du livre.

    Le Peuple Mapuche, fier et guerrier, demeura invaincu, en particulier devant les Conquistadors. Diego Ancalao, est fort de ces racines historiques et spirituelles, et d'une expérience propre dont il fait état dans son ouvrage.

    Nous le recevons maintenant pour sa première interview fondamentale, sur les deux prévues sur RoyautéNews pour parler de son dernier livre Aujourd'hui, encore, la Terre se lève.

    En même temps, il promeut une grande idée : un modèle de développement original. Son modèle, ce sont les principes du Küme Mongen, qui signifie le Bien Vivre. Les deux, son livre et son modèle du Bien Vivre, sont inséparables.

    Le parti politique qu'il vient de créer vient de recevoir voici quelques jours son statut d'existence légale.

    L'Interview de Diego Ancalao Gavilán sur RoyautéNews

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     ©RoyautéNews

     

    L'Interview de Diego Ancalao Gavilán sur RoyautéNews

     

    RoyautéNews : Ce livre est un cri ! Pour moi, c'est véritablement un cri ! Un cri pour vivre de toute façon ?

    Diego Ancalao Gavilán : - C'est un cri vital de liberté, c'est un fort cri contre l'abus et contre la subtilisation de nos droits qui ont été confisqués. C'est aussi un appel à l'unité et pour persévérer dans notre tâche en tant que peuple, au-delà des légitimes aspirations personnelles, et pour placer d'abord les aspirations collectives.

    Et manifesté comme une connaissance empirique, en tant que Mapuche, annonçant que nous ne pouvons plus être interprétés, que nous n'avons plus besoin d'interprètes et que nous devons décider à la première personne.

     

    RoyautéNews : - De quelle manière avez-vous choisi les chapitres de ce livre, en dehors des passages rappelant des événements historiques ? Parce qu’il apparaît comme un manuel, qui souhaite embrasser toute la situation, non seulement Mapuche, mais aussi Chilienne, et plus généralement sud-américaine ! Nous verrons, d’autre part, que le principe du Bien-Vivre peut s’adresser à tous, sur la planète...
     
    Diego Ancalao Gavilán : - Les chapitres ont été choisis d'après le genèse du problème de l'État chilien avec le peuple Mapuche, mais sont contenus aussi des chapitres qui permettent au Chilien de voir les points communs de travail et de soutien. Un chemin qui cherche à rencontrer des points qui nous unissent, et non ceux qui nous séparent. C'est pour lui que je parle en tant que fils de deux nations. Que nous sommes la majorité. Et en même temps, il permet d'effectuer une pédagogie politique pour récupérer une conscience de Peuple.
     
    Pour ce qui est du Bien Vivre, jusqu'à présent «l'invitation» faite aux peuples indigènes a été de se soumettre à un type de développement qui a démontré son échec total et sa déshumanisation. Cet appel a été accompagné de prébendes, de cadeaux inutiles, et par-dessus tout, d'assistanat. Cette tentative d'intégration sociale est toujours guidée par le dieu argent et la religion de la consommation sans limites.
     
    Et c'est aussi une réponse globale à l'hégémonie politique, qui est précisément celle qui consiste à détruire la nature, à appauvrir les grandes masses et à faire ségrégation contre l'indigène. Parce qu'il a placé la suprématie du capital par-dessus la Terre mère, l'homme, et de ce qui est utile, par-dessus la vie de tous les êtres vivants.
     
    Pour cela, ce livre, et la philosophie du Bien Vivre de nos ancêtres que nous avons installée au sein de l'ordre politique comme une alternative de développement, qui place en premier lieu la suprématie de la vie de tous les êtres devant l'utilité économique et matérielle.
     
    En même temps, nous manifestons, selon notre philosophie ancestrale indigène que les droits de l'homme sont intrinsèquement liés à la Terre mère, ou la Nature, et comprendre ce point crucial signifie la survie de l'espèce humaine, qui ne peut subsister sans un milieu ambiant sain pour exercer ces droits. De telle sorte que notre participation à la politique exige le recouvrement de la souveraineté et la restitution la démocratie à ses propriétaires légitimes, les peuples.
    En ce sens le Bien Vivre se transforme en une nouvelle épistémologie qui soutient un nouveau développement humain où l'espèce humaine fait partie du tout, et dans une alternative globale, depuis ce qui est ancestral. Et le livre cherche à clarifier ces principes.
     

    RoyautéNews : - D'après Federico Joannon Errázuriz, du quotidien El Mostrador, « ce livre fait tomber les voiles de l'hypocrisie républicaine...» Comment l'hypocrisie de l'État Chilien s'est-elle développée, qui l'a conduit à ignorer tristement, non seulement les peuples indigènes, mais aussi, comme vous le soulignez, une grande partie du reste de la population chilienne ?

    Diego Ancalao Gavilán : - L'État chilien depuis sa constitution a été fait sur mesure pour ses créateurs.

    De même le rapport intitulé « Non Égaux ; Origines, changements et défis de la brèche sociale au Chili » du PNUD1, en Juin 2017, indique qu'un jalon fondateur de l'inégalité au Chili a été l'attribution de terres par le gouvernement colonial au XVIIème siècle, et dont les bénéficiaires furent les Espagnols et leurs descendants blancs, en particulier ceux de rang supérieur ou ayant une renommée militaire.

    Cette affectation a été le germe de la classe supérieure traditionnelle chilienne et de l'hacienda, institution qui a duré trois siècles.

    Pauvreté et exclusion ont été par conséquent une décision politique de la classe politique héritée jusqu'à ce jour, qui maintient la grande majorité dans la pauvreté et les peuples indigènes dans l'exclusion.

    L'hypocrisie part du discours et du pari de communication que la caste politique convoque depuis deux cents ans. Où ils parlent du peuple, des pauvres, et du peuple Mapuche, mais la vérité est qu'eux-mêmes ont créé cette ségrégation au Chili.

    Y compris les partis dits "de gauche caviar", comme on les appelle en France, qui sont complices de tout ce qui est survenu, ils parlent du peuple, mais quand nous avons voulu accéder au pouvoir réel, eux, ont montré que l'odeur du peuple les dérange.

    Il ne s'agit pas seulement d'une affirmation empirique, mais il existe des preuves scientifiques que les inégalités sociales, économiques et ethniques sont les conséquences des inégalités politiques, ainsi que l'a conclu le rapport du PNUD de 2014, «Une Démocratie plus étendue et meilleure ».

    L'État est une construction juridique, il est géré par des gens bien connus, et ce sont eux les coupables.

    RoyautéNews : - Ce qui est singulier dans votre position, est que vous ne cédez en rien dans le constat catastrophique de la situation du Peuple Mapuche, cependant que vous formez le projet de dialoguer avec les autorités chiliennes et de participer aux échanges avec elles sur les grandes questions. Ce n'est pas une position facile !

    Diego Ancalao Gavilán : - On peut être surpris qu'une communauté Mapuche d'utiliser les institutions politiques actuelles pour proposer un changement de fond dans l'histoire du Chili. Beaucoup penseront qu'il s'agit d'une sorte d'abandon de la lutte de mon peuple ou même l'abandon des causes que nous avons soutenues depuis le moment même de l'invasion étrangère, qui a cherché notre extermination.

    Au contraire nous ne nous sommes pas soumis à la domination, mais nous avons développé une nouvelle stratégie de lutte en nous adaptant à ce nouveau contexte, et nous sommes parvenus à la conviction qu'aujourd'hui, le Chili a l'occasion de se reconnaître pour ce qu'il est : un État Plurinational, formé d'une diversité de peuples qui doivent vivre en paix ensemble, et qui doivent travailler, chacun à partir de son identité, pour le bien commun. Pour parvenir à cette reconnaissance, on peut se trouver à l'intérieur ou à l'extérieur des règles du jeu démocratique. Nous avons choisir d'effectuer ce changement de l'intérieur.

    Les flibustiers de la politique nous ont condamnés à l'exclusion, parce que reconnaître les droits confisqués à mon peuple va à l'encontre de leurs intérêts économiques, c'est pourquoi je suis convaincu que nous devons les affronter avec leurs propres règles, vaincre, et changer les règles du jeu, mais cette fois, en notre faveur.

    RoyautéNews : - Commet allez-vous diffuser plus largement ce message, même si vous bénéficiez d'une excellente couverture de presse dans les principaux journaux chiliens ?

    Diego Ancalao Gavilán : - Je crois que les réseaux sociaux sont essentiels aujourd'hui, nous devons les utiliser, mais le soutien des organisations et des médias internationaux pour pouvoir atteindre, avec notre message.

    Nous travaillons aussi à la création d'une équipe de volontaires avec des professionnels de la communication.

    La vérité est que ce qui n'est pas communiqué n'existe pas. Je voudrais aussi publier mon livre en France et en Espagne.

    RoyautéNews : - Est-il vrai que la dictature a faussé, peu ou prou, les relations entre les composantes de la société chilienne, tout en approfondissant et en radicalisant les oppositions ? Ainsi que la vision réciproque entre la caste dirigeante et le peuple Mapuche ?

    Diego Ancalao Gavilán : - Bien sûr, la dictature a inscrit dans sa constitution le droit à l'utilité économique et la propriété privée par dessus les droits des personnes, de la nature, et des peuples originaires.

    Et elle a répandu une liberté, libérale, comportant pour vous la liberté d'acheter une boisson ou un vin, mais vous n'avez pas la liberté de décider de votre avenir.

    A moins d'avoir beaucoup d'argent, et d'ailleurs l'argent a tout rendu marchand, même jusqu'aux personnes, il n'y aura pas de droit au travail, on parle de marché du travail, comme si l'homme était une marchandise. Cette forme de développement a heurté brutalement notre vision indigène des choses, nous ne tuerions pas notre mère la Terre, nous n'asservirions pas l'homme. Une société du Bien Vivre ne permettrait pas la corruption et l'injustice comme pratique habituelle.

    Tout cela fut créé par la dictature et bien administré par la caste gouvernante, que l'on appelle aujourd'hui l'opposition, un problème aujourd'hui au Chili est le gouvernement, et l'autre est l'opposition. Autrement dit, le Chili se trouve coinçé entre deux droites, pour être clair.

    RoyautéNews : - Qu'espérez-vous obtenir pratiquement du gouvernement pour faciliter la vie des Mapuches, notamment en matière économique ?

    Diego Ancalao Gavilán : - Il faut implanter une nouvelle forme de développement indigène, qui dépasse la théorie interculturelle, ou le développementalisme, qui soulève des questions sans demander à l'indigène comment il veut il se développer. Il faut créer une nouvelle politique publique et une nouvelle infrastructure, qui ne viendra pas en assistanat au développement indigène mais qui crée un développement conçu au sein des peuples mêmes, et non de l'extérieur.

    Mais aucun gouvernement n'est assez grand pour atteindre cet objectif, du moins, on espère qu'ils reconnaîtront les droits économiques indigènes comme un minimum.

    Puis que notre peuple a été appauvri parce que l'État nous a tout volé. Ce n'est pas que nous sommes nés pauvres. Mais le développement indigène va bien plus loin que les mesures matérielles contre la pauvreté, il est nécessairement lié à quelque chose d'holistique.

    RoyautéNews : - Les fausses coexistences (cohabitation difficile entre peuples indigènes, et ceux des Chiliens qui ne leur sont pas favorables), resteront-elles un danger, ou dans l'enfermement réciproque en des positions hostiles, en particulier de la part de ceux qui ne veulent céder en rien aux peuples autochtones ? Ces problèmes existent déjà, avant que vous ne réussissiez votre pari ; Mais votre défi se transformera-t-il en succès devant un tel parti pris ?

    Diego Ancalao Gavilán : - Cela se changera en succès dans la mesure où nous pourrons avoir un rapport de forces, et dans la mesure où nous parviendrons au pouvoir, nous pourrons obtenir le succès, dans la mesure où nous résoudrons nous-mêmes nos problèmes, parce que les 200 ans que nous avons vécus ont démontré que la couleur politique qui administre l'État n'a aucune incidence.

    Ils ne résoudront jamais nos problèmes parce qu'ils ne les vivent pas et parce que leur intérêt va à l'encontre de nos demandes de justice.

    Ce qui est clair, est que nous devons dépasser le simple mot d'ordre de « l'État oppresseur », comme s'il s'agissait d'un destin fatal, et concentrer toutes nos énergies dans l'unité et la cohésion de nos peuples pour générer un projet de changement capable de parvenir à une coexistence pacifique et respectueuse au sein de la diversité qui caractérise la société chilienne.

    Et ce chemin, nous le pouvons parcourir seuls, mais sans l'appui des grandes majorités exclues nous n'y parviendrons pas. La grande majorité des citoyens chiliens et indigènes ont quelque chose en commun. tous deux ont souffert du stigmate de l'exclusion, des abus, et d'avoir été traité comme une marchandise, estimée à ce qu'elle vaut. Cette expérience commune de la maltraitance en sa dignité de personne, est celle qui nous unit, dans un destin qui nous devons définir et construire par nous-mêmes.

    Mais aussi comme Mapuches, nous avons besoin de l'union avec les autres peuples indigènes de tous les coins du Chili. Il est temps de parler, et de comprendre, une fois pour toutes, que nous avons un problème en commun, un problème de peuple. Ce problème consiste à recouvrer les droits politiques, territoriaux et économiques que nous reconnaissent les normes internationales.

    Le seul moyen d'avancer est de construire un projet politique en tant que nations originaires, et cela suppose unité, dialogue, recherche d'accords, et conscience de peuple. Mais cela non plus ne suffit pas, il faut aussi du pouvoir. Et le pouvoir est un exercice qui nous permettra de faire en sorte que d'autres aient des comportements que sans cette mise en oeuvre, ils n'adopteraient pas.

    Avoir du pouvoir est très important pour changer les choses, mais il ne suffit pas de la conquérir, il faut savoir quoi en faire. Aujourd'hui, nous, les quelque deux millions d'indigènes, nous devons nous réveiller et atteindre une réelle maturité politique. Notre pouvoir politique repose sur notre importance électorale. Quels accords pourrions-nous obtenir en agissant ensemble ? il est important d'avoir conscience de cette force, qui s'observent à chaque élection, où nos votes définissent une bonne partie des résultats. En d'autres termes, ce sont nos votes qui mettent ou non un Président au Palais de La Moneda.

    Cette conscience doit aussi générer une grande responsabilité. Nos votes doivent choisir des personnes qui travaillent au bien-être de la majorité des pauvres et des marginalisés du Chili.

    En tant que Mapuche, je me trouve au centre de forces opposés et également négatives, qui agissent simultanément. D'un côté, il y a un groupe de Mapuches « complaisants », qui, sans respect pour eux-mêmes, se résignant à leur état de pauvreté et de marginalisation, tendent honteusement la main en l'attente de bon et de subventions,  tout cela en échange de ne pas remettre en question ou de critiquer ceux qui administrent le pouvoir politique, qui leur accordent des prébendes.

    De l'autre côté, les « flagellants », pleins de ressentiment, de haine et de frustration, née de la violence de la discrimination institutionnalisée. Beaucoup d'entre eux sont arrivés à la conviction que seule la violence est la seule voie de solution à tous les maux qu'ils souffrent ou ont soufferts, allant jusqu'à défendre les choix radicaux de l'indigénisme fondamentaliste. Cela s'avère, en outre, la justification utilisée par les groupes de pouvoir pour militariser et judiciariser notre cause.

    Il y a aussi ces frères Mapuches, fidèles à la tradition judéo-chrétienne, qui sont souvent plus déterminés à atteindre leur salut personnel que celui qu'exige leur peuple, en tant que grande communauté qui a un destin commun.

    Et il y a aussi de petits groupes qui estiment que pour être Mapuche, il faut conserve le sang, les traditions et les coutumes dans leur état le plus pur. Cela rappelle le racisme qui donne la priorité à la race unique, qui a tant de fois échoué.

    Pour eux, un Mapuche doit vivre à la campagne, marcher avec une couverture et un trarilonco (bandeau traditionnel) et critiquer tout ce qui n'est pas Mapuche. Bien sûr ce sont les mêmes qui utilisent les plateformes de communication nord-américaines, des téléphones chinois ou coréens, ou des voitures japonaises et qui ont des goûts mondialisés.

    Nous croyons que nos axes doivent être, l'adoption du chemin de l'action politique, le rétablissement de notre conscience en tant que nations, l'accès au pouvoir et le changement des réalités qui nous ont isolés. Je refuse d'accepter la résignation comme une réponse à notre temps, et je refuse catégoriquement à perdre foi en l'unité de mon peuple et celle de tous les peuples autochtones.

    Nous ne pourrons jamais atténuer les inégalités économiques, ethniques et sociales, si ceux qui n'ont pas connu la pauvreté continuent de parler pour les autres, et si ceux qui ne sont pas autochtones insistent pour interpréter les sentiments de nos peuples. Je ne cherche pas à disqualifier des personnes de bonne volonté désireuses d'améliorer les choses, je soutiens simplement qu'il existe une responsabilité incessible et non transférable des peuples autochtones eux-mêmes quant à leur destin.

    Nous devons être conscients de notre engagement pour relever le défi de décider de notre propre avenir et de contribuer ainsi à être un pays plus juste et plus inclusif. Face au pouvoir politique administré par l'État et aux intérêts économiques qui ont forgé le Chili actuel, avec sa nouvelle élite économique, idéologiquement raciste et politiquement réactionnaire, nous voulons instaurer une nouvelle forme de gouvernance qui soit capable de donner une égalité des chances à tous, accomplissant des réformes substantielles à la  démocratie que nous avons façonnée et au modèle économique qui nous étouffe.

    Nos peuples ne sont pas parfaits. Cependant, nous sommes appelés à une mission parfaite, celle de libérer nos communautés, et toute personnes qui souffre des effets pervers de l'exclusion. Nous devons envoyer un signal fort à ceux qui ne croient pas encore à notre mission. Pour cela nous devons corriger les erreurs, élargir notre vision, guérir les blessures, unifier nos peuples, et accomplir la mission qui nous inspire. Le Parti pour le Bien-Vivre se met au service de cette cause, et c'est là que réside notre engagement vital.

    RoyautéNews : - En ce moment se prépare le votre du 25 octobre. Comment peut-il transformer « une démocratie toujours servile aux intérêts de groupes privilégiés », comme le dit votre éditeur, ainsi que vous l'exprimez synthétiquement dans votre livre ?

    Diego Ancalao Gavilán : - je pense que le processus constituant qui débutera, grâce à la volonté manifesté de la majorité de la population, est une chance cruciale de procéder aux changements nécessaires, à partir de nouveaux principes qui doivent s'inscrire dans la Charte Fondamentale. mais, sans naïveté, si les élus constituants obéissent aux mêmes blocs que ceux qui administrent le Chili, rien ne se résoudra. L'histoire se répète aujourd'hui entre le gouvernement et l'opposition parlementaire, qui a fixé les règles pour une nouvelle constitution. Et ici se produit un autre paradoxe, car les parlementaires actuels ont perdu la confiance des citoyens. Cela est un « cri retentissant », qui, soit dit en passant, les seuls à ne pas l'entendre, ce sont eux. Le système en cours de discussion ne fait que renforcer les partis, pas la citoyenneté.

    En effet, la formule des représentants par district rend presque impossible pour un dirigeant social de gagner une élection pour devenir délégué. Alors, la question se pose : comment se peut-il qu'un pouvoir dérivé tente de remplacer le pouvoir constituant originel ?

    Soi dit en passant, le Peuple Mapuche n'a jamais participé à un processus constituant de l'État du Chili. Pourquoi ?

    Non parce qu'il en fut exclu. Mais pour la raison d'être considéré comme une nation voisine. En effet, le statut juridique que le Président Ramón Freire lui-même a reconnu à la Nation Mapuche dans le Traité de Trapigue de 1825 a défini le Bio Bio pour la frontière entre les deux nations. Si bien que la Constitution de 1828, dans son article 2, stipule que le Chili est divisé en huit provinces à l'intérieur desquelles il n'y a pas d'Araucanie.

    Le peuple Mapuche n'a pas non plus participé à la Constitution de Diego Portales de 1833, puisqu'il n'appartenait pas à l'État du Chili. Bien sûr, le peuple Chilien lui-même n'y a pas participé, car ils ont été réprimés, assassinés, et poursuivis par la force militaire de José Prieto Val et de Manuel Bulnes.

    Au moment de la Constitution de 1925, le Peuple Mapuche était en lutte contre l'essai d'assimilation, par tous les moyens, de l'État, tentant de récupérer ses terres, et luttant contre une pratique systématique d'escroquerie, baux à 99 ans, etinscriptions irrégulières dans les archives des Biens Fonds2 , comme l'explique le livre : « Le dépouillement Nagche »

    Aujourd'hui, presque cent ans après ces tristes événements, Rodrigo Ubilla et Pablo Longeira fils, les achats frauduleux de terre Mapuche se poursuivent en totale impunité.
     
    Les Peuples indigènes se situent au-delà des classifications de la diversité sexuelle, des asexuels, ou liées au genre, car ce sont des classifications sociales des peuples. Et le Mapuche est un Peuple-Nation, non une population du Chili, il pourrait donc comporter, dans sa diversité, les mêmes classifications que la nation Chilienne. Il serait bon qu'une fois pour toutes, soit modifiée cette façon de nous traiter. Ce qu'il faut, c'est que les peuples autochtones mènent leur propre Processus Constituant, pour qu'elle discute de ce que nous voulons, et de la manière dont nous faisons partie de ce nouveau pacte social avec le peuple chilien et avec l'État.
     
    Ce n'est qu'ainsi que seront permises, une participation réelle, et une espérance pour nos peuples.
     

    RoyautéNews : Merci !

     

    1. Le PNUD est le Programme des Nations-Unies pour le Développement.

    2. Nous avons traduit par « Biens Fonds », car l'expression n'a pas d'équivalent direct aujourd'hui, sinon dans cette expression que nous tirons du vieux droit foncier français, tout ce qui, au Chili est un bien immeuble ainsi que tout bien relié.

    ©RoyautéNews     ©L'InterviewdeRoyautéNews


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    Nous recevons avec plaisir aujourd'hui l'écrivain et spécialiste des religions Yves Bomati, afin de faire un point concentré sur la situation actuelle de l'Iran, en un moment riche d'évolutions possibles.

    Yves Bomati est diplômé de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, et auteur des plusieurs livres consacrés à l'Iran et à son histoire, co-écrits avec Houchang Nahavandi, ancien recteur des universités de Shiraz et de Téhéran et ancien ministre du Shah.

    Il a signé avec lui trois ouvrages d'utilité majeure pour comprendre ce pays du Moyen-Orient : Mohammad Réza Pahlavi, biographie du Shah d'Iran ; Les grandes figures de l'Iran; et Iran, Une histoire de 4000 ans (clic), publiés chez Perrin.

    L'Interview d'Yves Bomati sur RoyautéNews

    RoyautéNews :

    - Comment s'est développé le complexe iranien, dans sa volonté manifestée ces dernières années ?

    Yves Bomati : La République islamique d’Iran tente de recouvrer la position d’une puissance dominante dans la région par des vecteurs multiples. Le premier est bien sûr le religieux, l’Iran étant toujours une théocratie autoritaire sous des apparences parfois trompeuses. Sous ce couvert, elle a mis en place des milices chiites en Irak, en Syrie et au Liban qui essaiment son idéologie en même qu’elles élargissent ses champs d’action, ce que les Occidentaux appellent de façon quelque peu emphatique « l’arc chiite ». Elle profite également du soutien d’une partie des séparatistes yéménites qui font obstacle à une autre puissance théocratique, influente car soutenue entre autres par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite dont les visées sont également hégémoniques.
     
    - L'ère du Shah a-t-elle joué, et joue-t-elle toujours un rôle dans le désir d'affirmation de ce pays ?
     

    - Oui, bien sûr, les positions du dernier shah, Mohammad Reza Pahlavi, ne se sont pas éteintes avec la révolution islamique de 1979. L’Iran d’aujourd’hui, comme énoncé ci-dessus, tient toujours à compter parmi les acteurs majeurs qui influent sur les politiques régionales, ce qui d’ailleurs ne peut étonner si l’on considère sa fastueuse histoire plurimillénaire. Les moyens que la République islamique déploie pour y parvenir sont là-aussi multiples. Les pasdarans, ces gardiens de la Révolution et soutiens directs du Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, veillent au grain par leur puissance quasi baronniale et leurs enrichissements économiques - ils détiennent près de 30% des richesses iraniennes. Ils n’éclipsent cependant pas l’armée régulière dont l’influence reste importante dans la mesure où elle régit le service militaire national, forme le contingent et dispose des forces armées en tout genre (blindés, atouts logistiques, etc.). De ce fait, aussi bien à l’interne qu’à l’externe, la République islamique peut prétendre à un rôle international d’importance.
     
    - Quel Orient, veut aujourd'hui l'Iran, selon vous, et quel est celui qu'il voudrait tracer ?


    - La réponse est difficile à apporter et ne peut être que personnelle. Il me semble que l’Iran d’aujourd’hui souhaite étendre son influence sur le monde oriental, en développant un rôle actif de leadership.  C’est cette position plutôt qu’une extension territoriale qui me semble être un de ses aiguillons principaux. A cela s’ajoute la question de gouvernance voire de domination du golfe Persique, pomme de discorde entre tous les Etats riverains, question récurrente depuis le milieu du XXe siècle qui est loin d’être résolue. Les bases américaines qui y stationnent ainsi que les appétits de l’Arabie saoudite ont changé cependant aujourd’hui la donne d’une époque où le shah d’Iran était considéré comme le « gendarme du golfe ».
     
    - La question de la bombe atomique, une affaire complexe... qui rend périlleuses et instables les espérances de pacification de toute la région...
     

    - Tout laisse à penser que les Iraniens sont en train de fabriquer la bombe atomique. D’après certaines sources non officielles bien sûr, ils auraient déjà réussi à enrichir l’uranium jusqu’à un degré de dangerosité considérable. Ces mêmes sources pensent que l’opération ultime se terminerait dans les 12 mois à venir, avant les élections américaines.
    Souhaitent-ils garantir leurs choix de posséder bientôt la bombe atomique par les multiples prises d’otages occidentaux dont ils sont les acteurs ? On le dit aussi…
     
    - Quels sont les rapports avec le Yémen dans les conflits actuels ?

    - Le soutien de la République islamique aux Houtis yéménites est une évidence. Dans le courants des nombreuses péripéties des guerres intestines qui ont secoué le Yémen, les Houtis ont contrôlé la capitale yéménite Sanaa, ce qui dresse de façon plus violente encore les forces chiites, pourtant minoritaires contre les forces sunnites, vieux conflit dans tout le Moyen-Orient, les unes soutenues par l’Iran, les autres par l’Arabie saoudite et ses alliés de la « coalition ». Ce conflit, sous couvert de religions divergentes, ne saurait cependant masquer ses vraies racines ancrées dans un autre conflit plus économique qu’idéologique, celui de la domination de la région par l’Arabie saoudite ou l’Iran.

     
    - L'Iran veut-il être le leader du Moyen-Orient ou seulement veut il sanctuariser son territoire, comme le pense Firouzeh Nahavandi (RTBF, juin 2019 : Cela permettrait surtout à l’Iran de sanctuariser son territoire. Si l’Iran possède l’arme nucléaire, il devient intouchable ») ?

    - Je rejoins Ferouzeh Nahavandi, la fille de mon coauteur, Houchang Nahavandi, sur cette idée de sanctuarisation du territoire iranien, à géométrie si variable depuis Cyrus II le Grand au VIe siècle av. J.-C. Cette sanctuarisation étant sans doute le premier objectif du gouvernement, le projet additionnel de vouloir aussi assumer un rôle futur de leadership dans le Proche et Moyen-Orient n’est pas incompatible avec cette ambition.
    L’arme atomique rendrait en outre bien sûr intouchable le pays, ce qui ne veut pas dire que son gouvernement théocratique le soit ad vitam aeternam, comme nous l’enseignent les leçons de l’Histoire. Tout se jouera sans doute sur ce point dans les mois à venir où deux élections majeures se dérouleront. La première, les législatives, permettra à l’opinion de s’exprimer, ces élections bien que pas totalement libres n’étant pas non plus fermées. La seconde sera dans moins de deux ans la désignation du président de la République… et à ce moment, la donne risque d’être changée, le Guide Suprême étant fort malade actuellement et les appétits du Général Soleimani, commandant de la force d’élite Al-Qods (Al-Ghods) du corps des Gardiens de la révolution islamique pouvant à ce moment trouver un nouveau champ d’action, propice éventuellement à une prise de pouvoir.
    Sans doute aussi faudra-t-il compter avec un nouveau contexte où les forces internes d’une population brimée par une politique austère et répressive trouveront un espace où faire voler les schémas établis.

     

    RoyautéNews : Merci !


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    Daniel de Montplaisir est notre invité sur la nouvelle rubrique L'Interview de RoyautéNews qui reçoit pêle-mêle de grandes personnalités contemporaines, des témoins de notre temps, des écrivains en herbe ou des représentants du Gotha. Elle recevra prochainement l'historien Yves Bomati, le baron Pinoteau, et Marie Petitot.

    Daniel de Monplaisir est issu d’une vieille famille protestante installée sur les bords du Lot dès le début du XVe siècle qui a toujours œuvré en faveur de la tolérance religieuse et de l’œcuménisme. Agrégé d'Histoire, et après des études de science politique et de droit public, il publie à Toulouse un essai sur la supranationalité européenne et quelques études sur les idées politiques au Moyen-âge, puis est reçu deuxième au concours d’administrateur de l’Assemblée nationale (1981) où il travaille à la refonte du droit de la presse, puis (1986) sur l’audiovisuel et le pluralisme des journaux et la responsabilité éditoriale. Secrétaire général d’Antenne 2, la première chaîne publique française devenue France 2, il met en place, à Toronto en 1987 la première association internationale des télévisions publiques. En 1993, il devient conseiller de Nicolas Sarkozy alors ministre du budget et de la communication, puis du Premier ministre, Édouard Balladur. Il enseigne alors le droit public constitutionnel et administratif à Polytechnique et est nommé en 1995 conseiller du président, puis vice-président de Radio-France, où il exerce notamment le suivi et la tutelle de la Communauté des radios publiques de langue française.

    En 2003 Jean-Pierre Raffarin le charge de la mise en place de la télévision numérique terrestre (TNT) en France, qui voit le jour en 2005. Il reprend en même temps ses travaux d’historien et a publié quatre ouvrages majeurs dont La monarchie (Cavalier Bleu, 2003), Le comte de Chambord, dernier roi de France, (Perrin 2008), Louis XX, petit-fils du roi soleil (Jacob-Duvernet, 2011), réédité et actualisé en 2018 sous le titre Louis XX, une autre histoire de France (Mareuil Editions), et a participé à plusieurs ouvrages collectifs dont une biographie de Charles X (Perrin 2015), en collaboration avec Jean-Paul Clément. Il vit aujourd’hui à Montréal et prononce, depuis 2016, un cycle de conférences historiques à l’Université de Montréal : Les rois de France et l’Amérique, Histoire de la fleur de lys, Tocqueville en Amérique… et tient une chronique d’histoire hebdomadaire sur Radio Montréal France.

    Nous pourrons retrouver Daniel de Montplaisir sur notre espace Biographies pour une présentation plus complète, et c'est autour de son ouvrage Quand le lys terrassait la rose ; sept cents ans de victoires françaises sur l'Angleterre (clic) que nous le recevons.

    ©RoyautéNews

     

    RoyautéNews : «  700 ans de victoires françaises » ! Comment et, nous allons dire, par quel prodige, avez-vous éprouvé l’envie de rappeler ces victoires, par un titre aussi conquérant, remportées contre un voisin qui est aussi un allié, et qui ne lui laisse aucune part ?

     

    Daniel de Montplaisir : La mission de l’historien consiste souvent à faire tomber les idées reçues lorsqu’elles sont fausses. Les conflits qui ont opposé l’Angleterre et la France pendant exactement 749 ans, de 1066 à 1815, en constituent le parfait exemple. L’impression dominante est en effet une France presque toujours vaincue par la (plus ou moins d’ailleurs) « perfide » Albion. Or, en une vingtaine de guerres et quelques deux cents batailles majeures, sur terre et sur mer, la France fut victorieuse trois fois sur quatre. Il paraissait donc juste, tout simplement, de le rappeler et de le montrer. Tout en laissant, bien sûr, aux victoires anglaises leur part de réalité et en reconnaissant l’incontestable supériorité diplomatique des Britanniques.

    La France serait-elle en une passe si mauvaise ces temps-ci, c’est-à-dire plus qu’à l’ordinaire ?

    - Il s’agit d’un ouvrage d’histoire et donc heureusement détaché de l’acrimonieuse actualité. Cela fait du bien de prendre du champ et de la hauteur. Nos dirigeants devraient d’ailleurs y veiller plus souvent. Bien connaître l’Histoire évite fréquemment de retomber dans les mêmes erreurs. Mais il est vrai que la république a cherché, à travers l’histoire officiellement enseignée, à justifier la politique étrangère qu’elle a mené jusqu’en 1958 : se tenir à la remorque de l’Angleterre, d’où la désinformation faisant de celle-ci une puissance toujours victorieuse. En second lieu, il ne lui plaisait guère de reconnaître que nos victoires ont presque toujours été remportées sous la couleurs du lys, rarement sous le tricolore, drapeau le plus souvent vaincu. C’est ainsi que nos professeurs parlaient de Crécy, de Poitiers, d’Azincourt, mais jamais de Cocherel, de Formigny ou de Castillon. C’est pourtant la France qui a gagné la guerre de Cent-Ans. Enfin, il est bien possible que les États-Unis, nouvelle puissance d’amarrage de notre république, n’aiment pas trop rappeler qu’ils doivent leur indépendance à Louis XVI, à De Grasse et à Rochambeau, bien plus qu’à La Fayette.

    Dans quelle intention faire ressurgir la traditionnelle rivalité franco-britannique, si lointaine et surtout bien dépassée, et de manière un tantinet provocatrice ?

    - Vous l’avez vous-même rappelé : l’Angleterre et la France sont des alliées fidèles, malgré d’inévitables anicroches ici ou là, depuis plus de 200 ans. Et qui irait s’en plaindre ? Mais il faut préciser que, de 1815, sous le règne de Louis XVIII, jusqu’en 1830, sous celui de Charles X, il s’agissait d’une alliance équilibrée et même égalitaire. Les choses se sont gâtées avec Louis-Philippe, que son anglomanie un peu ridicule a parfois poussé à sacrifier les intérêts de la France. Cela ne s’est pas arrangé avec Napoléon III, ni avec les troisième et quatrième républiques. Il a fallu attendre De Gaulle pour que la France relève enfin la tête. Je n’ai pas cherché à être provocateur mais seulement à rétablir quelques vérités. Comme celle-ci : Waterloo n’est pas vraiment une victoire anglaise non plus qu’un défaite française. Mais s’il y a une gare de Waterloo à Londres, rien en France ne rappelle la déterminante victoire de Castillon : notre fierté nationale aurait bien besoin d’un peu de vitamines.

    C'est que nous avons dans l'oreille la musique de ceux qui ne cessent de faire cocorico au point que l'on se poserait presque des questions sur la réalité d'une histoire non contestée ! Mais le simple rappel des événements historiques ne peut atteindre la grandeur française, même si c'est mieux en le disant.

    Quelles sont les racines de l'antagonisme franco-anglais, surtout l'antagonisme humain, car pour l'antagonisme politique, on le place précisément dans le long affrontement entre les couronnes anglaise et française ? Existe-t-il une divergence fondamentale de tempérament ? Capable de rendre les deux peuples presque insupportables l'un à  l'autre ?

     - On ne peut pas dire que, sur le plan militaire, la France fasse beaucoup « cocorico ». Bien au contraire, et c’est un des motifs de ce livre, notre pays demeure très complexé par ses défaites. Prenez l’exemple de la guerre de Cent-Ans. On connaît Crécy, Poitiers, Azincourt : les victoires anglaises, qui n’ont rien de décisif. On ignore en revanche Formigny et Castillon, qui, elles, sont décisives, et permettent à la France de gagner la guerre, comme d’éliminer l’Angleterre du continent. La « grandeur française » s’accommode aussi bien des défaites que des victoires, allant sans relâche, comme disait de Gaulle, du déclin au renouveau. Quant à l’antagonisme franco-britannique, il ressembla longtemps à une querelle de famille, ou de voisins se disputant un héritage ou un bout de jardin. La divergence de tempérament avait peu de choses à voir avec les conflits récurrents. Certes, avec le temps, le fossé s’est creusé entre les deux peuples. Mais, fondamentalement, il existe autant de différence entre un Français et un Anglais qu’entre l’un d’eux et un Italien, un Allemand, un Espagnol, un Hollandais ...

    Faut-il remercier les Anglais car sans leur âpreté, les Français n'auraient pas eu le moyen, en de si nombreuses occasions, de démontrer leur valeur militaire ? (Même si on ne peut pas douter qu'ils n'auraient pas manqué d'inventer les moyens de nuire à autrui, ne se trouvant pas d'exemple chez eux d'avoir préféré paix et sagesse, leur tentation pour celles-ci, si elle a existé, aura été courageusement vaincue).

    - Non, il ne faut jamais remercier les fauteurs de guerre. Tant de conflits qui ont ravagé les terres, provoqué massacres, tortures et misères auraient pu être évités. En qu’on ne me jette pas en réponse le vieil exemple de la pénicilline, découverte grâce à la guerre : ce serait comme souhaiter aujourd’hui un nouveau conflit afin de faire progresser la recherche sur le cancer. La paix vaut toujours mieux que la guerre, ne transigeons pas là-dessus.

    Faut-il regretter cependant, ou ne pas regretter le conflit entre les couronnes, pour l'héritage de celle de France, qui a ensanglanté le pays et orienté différemment l'histoire de France : sans lui, aujourd'hui les Français auraient une reine, qui aurait peut-être conservé son pouvoir, la France aurait partagé la gloire des mers, et serait à la tête d'un empire, toujours existant et moins disputable que celui qu'elle a possédé? Certes, le roman national aurait été bien différent !

     - C’est tout à fait vrai. La France et l’Angleterre avaient tout à gagner à former un seul royaume. Vous venez d’en citer les avantages. On pourrait y ajouter, avec la paix, l’économie qu’aurait faite la France de toutes ces expériences institutionnelles malheureuses, voire catastrophiques comme, par exemples, le second Empire, les troisième et quatrième républiques. Les dernières idées de fusion entre les deux nations ne sont d’ailleurs pas si anciennes : Paul Reynaud, de Gaulle et Churchill en conçurent le projet en juin 1940, ainsi que Guy Mollet et Anthony Eden en 1956 lors de la crise de Suez.

    Fontenoy : l'à-côté de la bataille est plus célèbre que la bataille elle-même ! La réponse du Comte d'Anterroches, pour nous indiscutable est une merveille ! Et nous n'avons pas lu ce que vous en disiez dans votre livre... Pour nous, c'est de l'Histoire qui coule d'elle-même ! Comment voyez-vous Fontenoy ?

    - Pour être précis, la fameuse apostrophe du comte Joseph d’Anterroches, résulte de la situation suivante : son régiment de fantassins s’est brutalement, et de façon inattendue, trouvé en contact avec celui du commandant Charles Hay, à la pointe de la colonne anglaise. Qui, chapeau à la main, salue son homologue et lui dit (en français) : «  faites donc tirer vos gens. » À quoi Anterroches répond : « non monsieur, nous ne tirerons jamais les premiers. » Il faut savoir que les ordres du maréchal de Saxe, alors commandant en chef des troupes françaises, étaient d’attendre toujours le premier feu de l’ennemi avant de riposter. Car les soldats ennemis devaient ensuite recharger leurs fusils, ce qui prenait un certain temps, pendant lequel il était possible, outre d’ouvrir le deuxième feu mais aussi de charger à la baïonnette et d’emporter la décision. Cette tactique était connue de Hay, d’où cet échange de fausses politesses. Finalement, on ne sait qui a tiré le premier, peut-être tout le monde simultanément. Sur le plan strictement militaire et tactique, Fontenoy est certes, le 11 mai 1745, un succès mais très coûteux en pertes humaines, ce qui fit dire à Louis XV au soir de la bataille : «le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes ; la vraie gloire est de l’épargner».

    Sur le plan stratégique, ce n’est pas une victoire décisive : il fallut encore celles de Raucoux, dix-sept mois plus tard, et de Lawfeld, le 2 juillet 1747, pour abattre la coalition formée contre la France. Mais surtout, on reste effaré par la « bourde » diplomatique de Louis XV : maître du continent européen, il consent, lors du congrès d’Aix-la-Chapelle en avril 1748, de rendre toutes les conquêtes de la France. Le maréchal de Saxe en est mort de tristesse.

    - Tout le monde a en mémoire vos ouvrages majeurs : Louis XX, petit-fils du roi soleil, et Le Comte de Chambord, dernier roi de France, pièces maîtresses pour comprendre l'histoire politique et dynastique des Bourbons. En évoquant les guerres contre l'Angleterre, preniez-vous aussi recul pour évoquer indirectement et différemment le mystère et la beauté de la royauté française, et, mais c'est une autre question, reviendrez-vous bientôt à ces premières armes ?

    - Oui, le recul nécessité par l’exploration de sept siècles d’Histoire conduisait aussi à rappeler que jamais la France ne fut plus grande que sous nos rois, qu’eux seuls ont remporté de véritables victoires alors que les deux Empires se sont effondrés militairement et que la république a, soit subi de cinglantes défaites, soit n’a pu triompher qu’avec le secours de puissances extérieures : la Russie en septembre 1914, Les Etats-Unis, l’Angleterre et le Canada  en 1918 et 1944. Au delà des conflits avec l’Angleterre, il faut aussi se souvenir des succès de la Restauration : la libération du roi d’Espagne en 1823, la contribution décisive à l’indépendance de la Grèce en 1828, la prise d’Alger et la fin de la piraterie barbaresque en 1830, tout cela avec peu de victimes et un coût modéré grâce à l’efficacité des gouvernements royaux. Mes prochains ouvrages auront aussi l’occasion de rappeler la grandeur de la Légitimité: avec Histoire du Canada, biographie d’une nation, à paraître en octobre prochain, qui permettra de rafraîchir notre mémoire sur le rêve d’une Amérique française que nourrirent Henri IV et Champlain,  Richelieu, Louis XIV et Colbert ; puis avec une nouvelle biographie de Lamartine, prévue pour le printemps 2020, qui retracera l’itinéraire d’un royaliste devenu républicain sur le tard mais qui, jamais, ne renia ses convictions d’origine. Enfin – peut-être – un roman sur le rétablissement de la monarchie dans un futur plus ou moins proche...

    Royauté-News :  Merci !


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