• L'Interview de RoyautéNews

    La nouvelle rubrique de l'Interview de RoyautéNews

     

    L'Interview de RoyautéNews

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    Daniel de Montplaisir est notre invité sur la nouvelle rubrique L'Interview de RoyautéNews qui reçoit pêle-mêle de grandes personnalités contemporaines, des témoins de notre temps, des écrivains en herbe ou des représentants du Gotha. Elle recevra prochainement l'historien Yves Bomati, le baron Pinoteau, et Marie Petitot.

    Daniel de Monplaisir est issu d’une vieille famille protestante installée sur les bords du Lot dès le début du XVe siècle qui a toujours œuvré en faveur de la tolérance religieuse et de l’œcuménisme. Agrégé d'Histoire, et après des études de science politique et de droit public, il publie à Toulouse un essai sur la supranationalité européenne et quelques études sur les idées politiques au Moyen-âge, puis est reçu deuxième au concours d’administrateur de l’Assemblée nationale (1981) où il travaille à la refonte du droit de la presse, puis (1986) sur l’audiovisuel et le pluralisme des journaux et la responsabilité éditoriale. Secrétaire général d’Antenne 2, la première chaîne publique française devenue France 2, il met en place, à Toronto en 1987 la première association internationale des télévisions publiques. En 1993, il devient conseiller de Nicolas Sarkozy alors ministre du budget et de la communication, puis du Premier ministre, Édouard Balladur. Il enseigne alors le droit public constitutionnel et administratif à Polytechnique et est nommé en 1995 conseiller du président, puis vice-président de Radio-France, où il exerce notamment le suivi et la tutelle de la Communauté des radios publiques de langue française.

    En 2003 Jean-Pierre Raffarin le charge de la mise en place de la télévision numérique terrestre (TNT) en France, qui voit le jour en 2005. Il reprend en même temps ses travaux d’historien et a publié quatre ouvrages majeurs dont La monarchie (Cavalier Bleu, 2003), Le comte de Chambord, dernier roi de France, (Perrin 2008), Louis XX, petit-fils du roi soleil (Jacob-Duvernet, 2011), réédité et actualisé en 2018 sous le titre Louis XX, une autre histoire de France (Mareuil Editions), et a participé à plusieurs ouvrages collectifs dont une biographie de Charles X (Perrin 2015), en collaboration avec Jean-Paul Clément. Il vit aujourd’hui à Montréal et prononce, depuis 2016, un cycle de conférences historiques à l’Université de Montréal : Les rois de France et l’Amérique, Histoire de la fleur de lys, Tocqueville en Amérique… et tient une chronique d’histoire hebdomadaire sur Radio Montréal France.

    Nous pourrons retrouver Daniel de Montplaisir sur notre espace Biographies pour une présentation plus complète, et c'est autour de son ouvrage Quand le lys terrassait la rose ; sept cents ans de victoires françaises sur l'Angleterre (clic) que nous le recevons.

     

     

    RoyautéNews : «  700 ans de victoires françaises » ! Comment et, nous allons dire, par quel prodige, avez-vous éprouvé l’envie de rappeler ces victoires, par un titre aussi conquérant, remportées contre un voisin qui est aussi un allié, et qui ne lui laisse aucune part ?

     

    Daniel de Montplaisir : La mission de l’historien consiste souvent à faire tomber les idées reçues lorsqu’elles sont fausses. Les conflits qui ont opposé l’Angleterre et la France pendant exactement 749 ans, de 1066 à 1815, en constituent le parfait exemple. L’impression dominante est en effet une France presque toujours vaincue par la (plus ou moins d’ailleurs) « perfide » Albion. Or, en une vingtaine de guerres et quelques deux cents batailles majeures, sur terre et sur mer, la France fut victorieuse trois fois sur quatre. Il paraissait donc juste, tout simplement, de le rappeler et de le montrer. Tout en laissant, bien sûr, aux victoires anglaises leur part de réalité et en reconnaissant l’incontestable supériorité diplomatique des Britanniques.

    La France serait-elle en une passe si mauvaise ces temps-ci, c’est-à-dire plus qu’à l’ordinaire ?

    - Il s’agit d’un ouvrage d’histoire et donc heureusement détaché de l’acrimonieuse actualité. Cela fait du bien de prendre du champ et de la hauteur. Nos dirigeants devraient d’ailleurs y veiller plus souvent. Bien connaître l’Histoire évite fréquemment de retomber dans les mêmes erreurs. Mais il est vrai que la république a cherché, à travers l’histoire officiellement enseignée, à justifier la politique étrangère qu’elle a mené jusqu’en 1958 : se tenir à la remorque de l’Angleterre, d’où la désinformation faisant de celle-ci une puissance toujours victorieuse. En second lieu, il ne lui plaisait guère de reconnaître que nos victoires ont presque toujours été remportées sous la couleurs du lys, rarement sous le tricolore, drapeau le plus souvent vaincu. C’est ainsi que nos professeurs parlaient de Crécy, de Poitiers, d’Azincourt, mais jamais de Cocherel, de Formigny ou de Castillon. C’est pourtant la France qui a gagné la guerre de Cent-Ans. Enfin, il est bien possible que les États-Unis, nouvelle puissance d’amarrage de notre république, n’aiment pas trop rappeler qu’ils doivent leur indépendance à Louis XVI, à De Grasse et à Rochambeau, bien plus qu’à La Fayette.

    Dans quelle intention faire ressurgir la traditionnelle rivalité franco-britannique, si lointaine et surtout bien dépassée, et de manière un tantinet provocatrice ?

    - Vous l’avez vous-même rappelé : l’Angleterre et la France sont des alliées fidèles, malgré d’inévitables anicroches ici ou là, depuis plus de 200 ans. Et qui irait s’en plaindre ? Mais il faut préciser que, de 1815, sous le règne de Louis XVIII, jusqu’en 1830, sous celui de Charles X, il s’agissait d’une alliance équilibrée et même égalitaire. Les choses se sont gâtées avec Louis-Philippe, que son anglomanie un peu ridicule a parfois poussé à sacrifier les intérêts de la France. Cela ne s’est pas arrangé avec Napoléon III, ni avec les troisième et quatrième républiques. Il a fallu attendre De Gaulle pour que la France relève enfin la tête. Je n’ai pas cherché à être provocateur mais seulement à rétablir quelques vérités. Comme celle-ci : Waterloo n’est pas vraiment une victoire anglaise non plus qu’un défaite française. Mais s’il y a une gare de Waterloo à Londres, rien en France ne rappelle la déterminante victoire de Castillon : notre fierté nationale aurait bien besoin d’un peu de vitamines.

    C'est que nous avons dans l'oreille la musique de ceux qui ne cessent de faire cocorico au point que l'on se poserait presque des questions sur la réalité d'une histoire non contestée ! Mais le simple rappel des événements historiques ne peut atteindre la grandeur française, même si c'est mieux en le disant.

    Quelles sont les racines de l'antagonisme franco-anglais, surtout l'antagonisme humain, car pour l'antagonisme politique, on le place précisément dans le long affrontement entre les couronnes anglaise et française ? Existe-t-il une divergence fondamentale de tempérament ? Capable de rendre les deux peuples presque insupportables l'un à  l'autre ?

     - On ne peut pas dire que, sur le plan militaire, la France fasse beaucoup « cocorico ». Bien au contraire, et c’est un des motifs de ce livre, notre pays demeure très complexé par ses défaites. Prenez l’exemple de la guerre de Cent-Ans. On connaît Crécy, Poitiers, Azincourt : les victoires anglaises, qui n’ont rien de décisif. On ignore en revanche Formigny et Castillon, qui, elles, sont décisives, et permettent à la France de gagner la guerre, comme d’éliminer l’Angleterre du continent. La « grandeur française » s’accommode aussi bien des défaites que des victoires, allant sans relâche, comme disait de Gaulle, du déclin au renouveau. Quant à l’antagonisme franco-britannique, il ressembla longtemps à une querelle de famille, ou de voisins se disputant un héritage ou un bout de jardin. La divergence de tempérament avait peu de choses à voir avec les conflits récurrents. Certes, avec le temps, le fossé s’est creusé entre les deux peuples. Mais, fondamentalement, il existe autant de différence entre un Français et un Anglais qu’entre l’un d’eux et un Italien, un Allemand, un Espagnol, un Hollandais ...

    Faut-il remercier les Anglais car sans leur âpreté, les Français n'auraient pas eu le moyen, en de si nombreuses occasions, de démontrer leur valeur militaire ? (Même si on ne peut pas douter qu'ils n'auraient pas manqué d'inventer les moyens de nuire à autrui, ne se trouvant pas d'exemple chez eux d'avoir préféré paix et sagesse, leur tentation pour celles-ci, si elle a existé, aura été courageusement vaincue).

    - Non, il ne faut jamais remercier les fauteurs de guerre. Tant de conflits qui ont ravagé les terres, provoqué massacres, tortures et misères auraient pu être évités. En qu’on ne me jette pas en réponse le vieil exemple de la pénicilline, découverte grâce à la guerre : ce serait comme souhaiter aujourd’hui un nouveau conflit afin de faire progresser la recherche sur le cancer. La paix vaut toujours mieux que la guerre, ne transigeons pas là-dessus.

    Faut-il regretter cependant, ou ne pas regretter le conflit entre les couronnes, pour l'héritage de celle de France, qui a ensanglanté le pays et orienté différemment l'histoire de France : sans lui, aujourd'hui les Français auraient une reine, qui aurait peut-être conservé son pouvoir, la France aurait partagé la gloire des mers, et serait à la tête d'un empire, toujours existant et moins disputable que celui qu'elle a possédé ? Certes, le roman national aurait été bien différent !

     - C’est tout à fait vrai. La France et l’Angleterre avaient tout à gagner à former un seul royaume. Vous venez d’en citer les avantages. On pourrait y ajouter, avec la paix, l’économie qu’aurait faite la France de toutes ces expériences institutionnelles malheureuses, voire catastrophiques comme, par exemples, le second Empire, les troisième et quatrième républiques. Les dernières idées de fusion entre les deux nations ne sont d’ailleurs pas si anciennes : Paul Reynaud, de Gaulle et Churchill en conçurent le projet en juin 1940, ainsi que Guy Mollet et Anthony Eden en 1956 lors de la crise de Suez.

    Fontenoy : l'à-côté de la bataille est plus célèbre que la bataille elle-même ! La réponse du Comte d'Anterroches, pour nous indiscutable est une merveille ! Et nous n'avons pas lu ce que vous en disiez dans votre livre... Pour nous, c'est de l'Histoire qui coule d'elle-même ! Comment voyez-vous Fontenoy ?

    - Pour être précis, la fameuse apostrophe du comte Joseph d’Anterroches, résulte de la situation suivante : son régiment de fantassins s’est brutalement, et de façon inattendue, trouvé en contact avec celui du commandant Charles Hay, à la pointe de la colonne anglaise. Qui, chapeau à la main, salue son homologue et lui dit (en français) : «  faites donc tirer vos gens. » À quoi Anterroches répond : « non monsieur, nous ne tirerons jamais les premiers. » Il faut savoir que les ordres du maréchal de Saxe, alors commandant en chef des troupes françaises, étaient d’attendre toujours le premier feu de l’ennemi avant de riposter. Car les soldats ennemis devaient ensuite recharger leurs fusils, ce qui prenait un certain temps, pendant lequel il était possible, outre d’ouvrir le deuxième feu mais aussi de charger à la baïonnette et d’emporter la décision. Cette tactique était connue de Hay, d’où cet échange de fausses politesses. Finalement, on ne sait qui a tiré le premier, peut-être tout le monde simultanément. Sur le plan strictement militaire et tactique, Fontenoy est certes, le 11 mai 1745, un succès mais très coûteux en pertes humaines, ce qui fit dire à Louis XV au soir de la bataille : «le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes ; la vraie gloire est de l’épargner».

    Sur le plan stratégique, ce n’est pas une victoire décisive : il fallut encore celles de Raucoux, dix-sept mois plus tard, et de Lawfeld, le 2 juillet 1747, pour abattre la coalition formée contre la France. Mais surtout, on reste effaré par la « bourde » diplomatique de Louis XV : maître du continent européen, il consent, lors du congrès d’Aix-la-Chapelle en avril 1748, de rendre toutes les conquêtes de la France. Le maréchal de Saxe en est mort de tristesse.

    - Tout le monde a en mémoire vos ouvrages majeurs : Louis XX, petit-fils du roi soleil, et Le Comte de Chambord, dernier roi de France, pièces maîtresses pour comprendre l'histoire politique et dynastique des Bourbons. En évoquant les guerres contre l'Angleterre, preniez-vous aussi recul pour évoquer indirectement et différemment le mystère et la beauté de la royauté française, et, mais c'est une autre question, reviendrez-vous bientôt à ces premières armes?

    - Oui, le recul nécessité par l’exploration de sept siècles d’Histoire conduisait aussi à rappeler que jamais la France ne fut plus grande que sous nos rois, qu’eux seuls ont remporté de véritables victoires alors que les deux Empires se sont effondrés militairement et que la république a, soit subi de cinglantes défaites, soit n’a pu triompher qu’avec le secours de puissances extérieures : la Russie en septembre 1914, Les Etats-Unis, l’Angleterre et le Canada  en 1918 et 1944. Au delà des conflits avec l’Angleterre, il faut aussi se souvenir des succès de la Restauration : la libération du roi d’Espagne en 1823, la contribution décisive à l’indépendance de la Grèce en 1828, la prise d’Alger et la fin de la piraterie barbaresque en 1830, tout cela avec peu de victimes et un coût modéré grâce à l’efficacité des gouvernements royaux. Mes prochains ouvrages auront aussi l’occasion de rappeler la grandeur de la Légitimité: avec Histoire du Canada, biographie d’une nation, à paraître en octobre prochain, qui permettra de rafraichir notre mémoire sur le rêve d’une Amérique française que nourrirent Henri IV et Champlain,  Richelieu, Louis XIV et Colbert ; puis avec une nouvelle biographie de Lamartine, prévue pour le printemps 2020, qui retracera l’itinéraire d’un royaliste devenu républicain sur le tard mais qui, jamais, ne renia ses convictions d’origine. Enfin – peut-être – un roman sur le rétablissement de la monarchie dans un futur plus ou moins proche...

    Royauté-News :  Merci !


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