• Quest-ce qu'un titre de courtoisie ?

    Team Noblesse             Cette étude pourra être améliorée

    Contexte et présentation générale

    Le titre de courtoisie est une curiosité unique à la France, et ne se trouve pas en d'autres pays. Il est né des poussières d'un passé particulièrement agité depuis la Révolution de 1789.

    Cette dénomination, employée avec sous-entendu pour impliquer une différence entre plusieurs sortes de titres n'existait pas sous l'Ancien-Régime. Elle a correspondu à deux réalités, qui subsistent toujours, et s'est vu prêter d'autres sens abusivement.

     

    Définition

    Définition courte : Un titre de courtoisie est fondé sur des sources, la plupart légitimes, autres que sur des critères administratifs qui imposent soit certaines obligations ou conditions d'ordre légal, soit certaines démarches de validation, pour qu'un titre soit considéré comme régulier par l'État.

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    Aujourd'hui, et depuis une évolution croissante au cours de la seconde moitié du 19ème siècle, la dénomination titre de courtoisie désigne au sens général ceux des titres de la noblesse rencontrés à l'ordinaire, et nouvellement adoptés, et dont on peut dire qu'ils ont servi à situer une famille, à fixer, comme un résumé, leur situation tant à l'égard du passé que de leur position du moment.

    Dans le sens contemporain, pas plus qu'à l'origine le titre de courtoisie ne provient ni des Honneurs de la Cour ni de la fameuse déclinaison, auxquels on les a limités tout en les confondant avec eux. C'est même tout le contraire. Ces derniers, un petit nombre, faisaient partie du vaste ensemble des titres authentiques, ayant pris forme dans le contexte naturel de la monarchie, ou sous des dispositions légales comme plus tard sous la Restauration, et prises en 1817.

    Deux sens pour deux époques

    C'est là qu'a pris le sens plus littéral du titre de courtoisie. Par imitation. L'extension large, nombreuse, et tardive des titres par celles des familles de la noblesse qui n'en portaient pas à l'origine, au cours du 19ème siècle ou au début du 20ème s'était créée sur l'imitation du phénomène de la déclinaison des titres en vigueur sous la Restauration, qui comportait lui-même une extension admise. Ce processus, introduit en 1817 (et qui trouvait plusieurs antécédents) concernait les pairs et leur famille, étendu et admis aux titres dits à cette époque réguliers, admis aussi pour l'espèce, plus souple et quelque peu plus large des titres authentiques et qui concernaient en général les grandes familles de la noblesse.

    Cette extension s'est ensuite exercée plus librement. C'est la première sorte des titres de courtoisie, fondée sur une estimation généralement étayée, effectuée par les familles qui les adoptaient. 

    C'est à partir de ce modèle initial que la noblesse, dont l'immense majorité ne portait aucun titre au sens moderne, (baron, etc.), a institué pour habitude le port des titres, largement suivi, modèle traditionnel, dont l'imitation restait elle-même traditionnelle. La proportion s'est donc inversée.

    Lorsque, peu-à-peu l'adoption d'un titre par une famille ne se fondait plus que sur un seul critère d'élévation ou sur celui de l'ornement mondain, s'est constitué le mouvement large de l'adoption des titres de courtoisie.

    L'adoption d'un titre s'effectuait selon les familles avec quelques variantes. Elle consistait à utiliser un titre inférieur pour le cadet. Mais elle correspondait toujours à des règles malgré la variance des traditions.

    Cette habitude implantée est devenue une part importante sinon essentielle de l'identité familiale. Les aînés revendiquent parfois une différence entre leur propre titre, établi pour eux comme le vrai titre de leur famille, (celui qu'ils ont pris à l'origine), et les titres dérivés portés par leurs cadets et qui sont alors déclarés par eux comme des titres de courtoisie. C'est qu'entre temps la tradition a été fixée, et la multiplication des titres au sein d'une famille ne dépend plus que du nombre de ses représentants et de la formation éventuelle de nouvelles branches.

    Définir en qualité les sortes de titres de courtoisie nécessiterait un ouvrage.

    On peut considérer l'anglomanie du 19ème s., très répandue, véhiculée notamment par les Orléans, comme un facteur d'accroissement du nombre de titres de courtoisie en France. 

     

    Titres dits réguliers

    La notion de titres réguliers s'est inventée au 19ème siècle, avec un sens de radicalité qui n'existait pas sous l'Ancien-Régime. Nous lui consacrerons une rubrique séparée.

     

    Un autre sens

    Une autre perception, chez certains, de l'idée de titre de courtoisie a prévalu au sein de la noblesse au cours du milieu du 19ème siècle, influencée par l'Histoire du moment et la perspective d'une nouvelle restauration monarchique. C'était l'idée que seuls les monarques peuvent créer des titres.

    Dans leur esprit, titre de courtoisie signalait indistinctement tous les titres authentiques non encore validés par une procédure, l'exercice d'une procédure de régularisation s'étant imposé comme une obligation connue, sinon toujours suivie dans les mœurs. Le retour du vrai roi permettrait si besoin de restaurer ces titres à la place qu'ils occupaient sous leur régime naturel.

    Ce retour de la monarchie traditionnelle balairait donc la contrainte administrative, et attendant ce moment, certains se servaient de l'expression titre de courtoisie pour désigner les titres légitimes et authentiques, seulement dépourvus de position officielle sous des régimes divers. En pratique ce sens a parfois prévalu jusqu'au 20ème s. inclus. Mais la généralisation des titres a porté préjudice à cette définition-là.

    Quelques titres légitimes ou authentiques sous l'Ancien-Régime, ou plus tard, non référés (sous des labels courants) 

    - titres sans patentes, titres établis sur une tradition propre, ou sur une tradition légitime, titres établis sur pièces, par exemple.

     

    Esprit et forme

    L'historien spécialisé La Barre de Raillicourt a fait valoir à juste titre au 20ème siècle la notion lumineuse des titres consacrés par l'usage, en  son ouvrage La noblesse française titrée par l'usage, judicieuse manière d'aborder la matière.

    Elle est la définition la plus juste rencontrée dans les ouvrages publiés pour décrire cette réalité.

    (   )

     

    Absence de rapport des titres de courtoisie avec les titres de familles royales

    (La définition des titres de courtoisie, présentée dans notre dictionnaire ne peut concerner que ceux empruntés par la noblesse).

    Par définition le titre de courtoisie ne peut s'appliquer aux membres d'une famille royale, en général, ni, en France aux familles capétiennes (les différentes maisons de Bourbon, la maison d'Orléans) ni à la famille impériale. La notion de titre de courtoisie ne concerne en effet ceux des titres de la noblesse qui dépendent supposément d'un agrément supérieur. Par définition les familles royales en sont exclues puisque ce sont elles-mêmes qui attribuent les titres. Les titres royaux, de toute autre nature, ne peuvent être confondus avec ceux de la noblesse. Le titre de courtoisie s'applique donc aux familles, membres de la noblesse, afin de séparer ceux de leurs titres pourvus d'une assise « juridique », de ceux qui ne la possèdent pas mais qui tiennent leur existence d'un autre principe.

     

    Origine et formation

    La notion de titre de courtoisie prend sa source dans la conception ancienne des titres, celle qui avait cours sous l'Ancien-Régime.

    C'est la distance, ressentie par les membres de la noblesse, entre un titre traditionnellement authentique, (le titre, et sa formation traditionnelle), et les nouveaux canons règlementaires imposés dans l'univers officiel, tardivement, au 19ème s.

    La notion mal interprétée du titre de courtoisie prend son élan dans un mythe forgé au 19ème siècle, lorsque des auteurs sans emploi ont crû, de leur propre initiative, pouvoir catégoriser les titres portés dans la noblesse, d'après les règles aléatoires produites par les régimes juridiques successifs, et en les  appliquant anachroniquement. Cette conception, nécessairement conflictuelle et dépourvue d'assise juridique témoigne des difficultés d'adaptation des esprits devant la permanence d'un phénomène social, la noblesse occupant sous les différents régimes une large place dans la vie du pays, et l'émergence des règlementations propres à ces différents régimes, entraînant confusion de sens.

    Titre solide, le titre de courtoisie est selon nous, plus authentique qu'un titre dit régulier. Le titre de courtoisie est dû, c'est l'origine de son expression. À bannir donc, toute considération de légèreté à son sujet.

     

    Le nombre des titres portés a augmenté en vague à la fin du 19ème siècle. Le nouveau sens du titre de courtoisie s'était progressivement étendu tout au long du 19ème siècle, pour correspondre à ce qu'il est aujourd'hui tel que nous le redéfinissons.

    Rien n'empêchait une famille de la noblesse ou assimilée, d'adopter un titre. Contrairement à une confusion obstinée, la République ne peut s'y opposer. Bien sûr, les titres appartenant à d'autres familles ne doivent pas être pris sans droit, et alors les tribunaux peuvent être saisis.

    Devant les titres nombreux, employés par des familles qui les revendiquent légitimement ou par d'autres, avec moins de certitude, leur valeur s'évalue au cas par cas.

    Dans sa perception élargie actuelle, les titres de courtoisie ne se multiplient plus, et depuis plusieurs décennies la pratique est certainement fixée.

    Elle a répondu à un besoin pour les familles de la noblesse, par exemple, après la 1ère Guerre Mondiale lorsque leur prépondérance rurale s'achevait, de marquer par des traits symboliques les grandes époques qui se refermaient.

     

    Statut

    La SAFE, la Société des anciennes familles d'Europe, réunit les familles qui ne se reconnaissent pas dans l'ANF (1). Elle se veut le conservatoire de la tradition vécue, et exerce par collège, un collège par pays.

    Fondée sur des principes traditionnels, elle reconnaît les titres acquis par l'habitude. Elle identifie avec précision les diverses sortes de titres et l'ancienneté de leur emploi, et assiste ses adhérents sur les questions juridiques.

    (1) Association d'entraide de la noblesse française

    Ce que n'est pas le titre de courtoisie 

    Le titre de courtoisie n'est pas un titre par défaut. Il est un titre plein, formé par tradition reconnue au 19ème siècle, forgé sur le modèle établi par la Restauration, qui concernait généralement la haute noblesse.

    Par exemple, un titre porté par un fils de duc n'est pas un titre de courtoisie.

    Comme vient de le rappeler Jean d'Orléans, le nouveau Comte de Paris, ce titre figurait sur les papiers de son père, étant considéré comme officiel par l'État. (notre paragraphe au sujet des titres royaux)

    Enfin, c'est par abus que sont apparues récemment des indications trompeuses sur le sens des titres de courtoisie, condensés d'inexactitude qui fleurissent sur une certaine "encyclopédie" en ligne.

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    Catégories parentes

    - Le titre d'attente

    Le titre d'attente, créé au 20ème s., est un titre, désignant, dans l'univers Légitimiste, les titres utilisés par les chefs de la famille de Bourbon en attendant de retrouver le trône, et par les membres de leur famille pour signifier qu'ils appartiennent à la tradition monarchique, mais ne sont pas encore revêtus de l'acte que décide un souverain en exercice.

    Le baron Pinoteau semble être à l'origine de cette notion, qui a pris visibilité dans des parutions publiées sous son autorité.

     

     - Le titre de discourtoisie

    Le titre de discourtoisie a été créé par une de nos amies pour désigner l'offense directe commise par le Comte de Paris, Duc de France († 2019), contre le possesseur effectif et légitime du titre de Duc d'Anjou qui est le Prince Louis de Bourbon.

    Il remonte à 2005, lorsque le chef de la famille d'Orléans, traditionnellement mal conseillé, prétendit attribuer à son neveu un titre non disponible. La rivalité autour de la position d'héritier du trône s'invitait dans une matière qui ne pouvait régler le sort dynastique.

    Il décernait à son neveu Charles-Philippe d'Orléans un titre de Duc d'Anjou contre les intérêts de la branche des Bourbons, et contre la logique historique, celui de Duc d'Anjou n'étant pas disponible, et de plus n'ayant jamais fait partie des titres traditionnellement utilisés par la maison d'Orléans, même dans sa perspective revendiquée d'héritière du trône.

    L'expression titre de discourtoisie fut créée en ces circonstances, pour souligner une atteinte contraire à l'élégance et à la tradition des rapports entre familles même rivales.

     

     - Les titres patrimoniaux

    La notion de titre patrimonial existe depuis longtemps. Le titre patrimonial s'applique aux grandes familles, mais il a été défini clairement et pour la première fois, avec l'intention de l'appliquer spécialement aux titres royaux français, par RoyautéNews. Il désigne les titres royaux qui, non considérés selon la tradition du temps monarchique ni de leur emploi familial ou viager dans ce contexte, puisent leur autorité en eux-mêmes et dans le caractère de propriété familiale, acquis soit par une tradition longue, soit parce qu'ils correspondaient, en tradition exercée sous les temps monarchiques, à une position donnée au sein de la famille royale, ou à une position dynastique, ce qui revient au même en France.

     

    Le titre patrimonial est un fait de nature, il s'alimente de tous les apports qui ne peuvent être contestés par des législations.

    Souvent il rappelle ou continue une tradition propre et marque son rôle en particulier d'identification de branche.

    Le cas le plus éminent est celui de Duc d'Anjou, qui s'est inventé lui-même à partir de la tradition familiale. Le Site RoyautéNews a établi que, par exemple, le titre de Duc d'Anjou était d'ordre patrimonial dans la maison de Bourbon.

    Le titre actuel de Duc d'Anjou ne saurait répondre ni à l'ancienne tradition des apanages, ni à une jurisprudence organique.

    Le titre patrimonial est synonyme, ou du moins rejoint la notion de titre historique.

    Il s'agit d'un complément notionnel, absent jusqu'alors, servant à placer dans un ordre de référence complexe puisé dans l'identité familiale, un titre fondé sur des principes oubliés et (ou) peu communément établis (dans les esprits) du fait de la volatilité politique du pays et de la dissolution des habitudes et des traditions.

    Nous examinerons dans une rubrique de notre Dictionnaire la position actuelle en France des titres royaux des familles qui ont régné sur la France et de quelques familles qui en sont issues ou qui ont un statut particulier.

    ____

    Conclusion

    Le titre de courtoisie est né de la disparition de l'ordre ancien et de l'accumulation postérieure de théories approximatives à partir du début du 19° siècle, inventées dans l'intention sincère de débrouiller les états complexes, issus de la superposition des régimes politiques et des différentes législations et jurisprudences.

    Par un déplacement du sens, et au travers de l'évolution du port des titres nobiliaires, la dénomination de titre de courtoisie en est venue à recouvrir une réalité entièrement différente de sa signification d'origine.

    Prenant son existence en dehors du contexte non naturel imposé par le rigorisme statutaire et jacobin, le titre de courtoisie, dans la réalité libre qu'il présuppose, ne pouvait que se sentir peu à l'aise, surtout en un pays où les esprits ont toujours eu difficulté à concevoir des principes, et où ils ne les adoptent finalement que s'ils répondent à des cadres règlementaires rigides et étroits.

    Le sens profond qui leur a été accordé au sein de la noblesse correspond à l'ancrage que ses familles ont toujours exercé dans les valeurs de vie de la monarchie traditionnelle, et dont le véritable sens, que nous avons dessiné, est toujours resté obscur aux principaux auteurs, universitaires ou non.


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  • Commentaires

    1
    TR
    Mardi 26 Février à 23:53

    "La notion de titres réguliers s'est inventée au 19ème siècle, avec un sens de radicalité qui n'existait pas sous l'Ancien-Régime."

    C'est vrai, seule la noblesse était entendue de manière tâtillonne (pour des raisons fiscales : faire accepter par ceux dont on reconnaissait la noblesse, des frais de maintenue bien supérieur à la taille qu'ils eussent payée s'ils n'avaient pas été reconnus nobles; et exclure ceux qui n'avaient pas les moyens de payer ces frais de maintenue), pas les titres.

    Je ne connaissais pas la SAFE. En anglais, "ancient family" signifie à peu près chez nous "de noblesse immémoriale". Mais comme leurs séparations sociales ne se font pas, comme chez nous, entre la roture et la noblesse; mais entre la roture et la gentry (qui comprend les nobles non titrés et une partie de la famille des nobles titrés, mais aussi ce qu'en France on appelle les personnes vivant noblement), puis entre la gentry et la noblesse titrée (à partir du baron), qui, de ce fait, s'entend strictement, le terme "ancient family" permet de sous-entendre la noblesse immémoriale.

     

    Enfin, il faut bien le dire : il existe aussi des "titres de fantaisie".

    2
    Dimanche 4 Août à 02:13

    Bien sûr il existe des titres de fantaisie, mais on ne peut les confondre avec les titres de courtoisie. happy happy happy



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