• URCT - Union des Rois et Chefs traditionnels d’Afrique

    De 2008. Texte de Frère Ignace, de l’URCT, remis à l’ancienne Rédaction pour RoyautéNews.

     

     

    Le combat est double :

    - Réunir les Rois et Chefs traditionnels d’Afrique dans un souci constant du bien commun.

    - S’appuyer sur ce réseau pour mener des actions culturelles et sociales.

     

    I :    INTRODUCTION

    Au lendemain des indépendances, dans les années 1960 et un peu au-delà, les nouvelles élites africaines voyaient dans les rois et les chefs les reliques d’un passé qu’il leur appartenait d’abolir.

        Dans les années 1980, le regard porté sur les deux pouvoirs a changé. 

    L’attention des anthropologues et des historiens s’oriente aujourd’hui sur ce phénomène inattendu qu’est la reviviscence, dans un contexte nouveau et sous des formes évidemment nouvelles, des royautés et des chefferies.

     

    Le changement de perspective survenu à partir de 1990 environ répond au fait que, depuis cette date, se sont produits en Afrique subsaharienne de surprenants événements. L’un des plus spectaculaires eut lieu en Ouganda où la monarchie, abolie en 1966 à la suite du coup d’état de Milton Obote, a été rétablie vingt-sept ans plus tard, en juillet 1993, par l’intronisation d’un nouveau Kabaka au Buganda.

    La restauration monarchique a été voulue par le chef de l’État, Museveni.

    Les cérémonies qui marquent les événements saillants de la vie des royautés africaines attirent aujourd’hui une population d’une extraordinaire ampleur.

    Au Ghana, le jubilé du Roi Ashanti Opoku Ware II en 1995, puis ses funérailles, de même que l’introduction de son successeur, Oseii Tutu II, ont donné lieu à des somptueuses fêtes dans l’allégresse et la ferveur populaire.

    Au jubilé de 1995 furent invités, entre autres, le Roi des Moose, le Mogho Naaba et celui des Zulu.

    De même, au Cameroun, les funérailles du Sultan Njumoluh, fils du Sultan Njoya, ont été marquées par d’imposantes manifestations à Foumban.

                   Très inattendu aussi est le changement radical survenu dans les mentalités : un certain nombre d’États africains se tournent aujourd’hui vers les Rois et Chefs qui sont presque toujours issus des nouvelles élites. Leur parcours s’est effectué loin des milieux de leur investiture, souvent dans les services publics, l’administration, la diplomatie ou l’université, et parfois dans des entreprises privées.

    Les villageois voient d’un œil favorable ces « lettrés » accéder à la Chefferie. Ils les estiment mieux à même de défendre leurs intérêts.

    Les assises économiques du « pouvoir » traditionnel sont également à prendre en compte. Dans les périodes antérieures à la colonisation, pouvoir et richesse ne pouvaient être dissociés, et il en va de même aujourd’hui.

    Les ressources autrefois tirées de l’exercice du pouvoir, telles les prestations en travail fournies par les sujets (un jour par semaine dans le Ndényé à la fin du XIXème siècle) et le produit des amendes judiciaires, ont disparu, alors que les frais de « représentation » des Rois, entraînés par la nécessité de tenir leur rang et d’accueillir décemment les visiteurs, sont lourds.

    De plus, ils continuent à assumer, autant que posible, leur ancien rôle de « distributeur de richesses », en particulier lors des cérémonies royales.

    En fait, les Rois et les Chefs ne peuvent guère compter matériellement que sur eux-mêmes.

    Ils constituent leur propre assise financière en tant qu’entrepreneurs privés.

           Les biens reçus en héritage, et qu’ils doivent transmettre à leurs successeurs, sont difficiles, voire impossible à évaluer.

    C’est en particulier le cas des droits fonciers et des terres possédées par le « siège » royal.

     

               Contrairement aux chefs d’État africains, les Rois sont les dépositaires d’une longue tradition et d’autre part d’un capital de forces spirituelles.

    L’histoire qu’ils ont reçue en héritage est perçue par l’opinion de façon tantôt négative, tantôt positive, et eux-mêmes en subissent l’effet en retour.

    A cet effet, il est pertinent de distinguer trois périodes, et l’image que l’on a de chacune d’elles aujourd’hui : 

     

    1)   la première période est le passé lointain, antérieur à la colonisation : la royauté était-elle obscure ou célèbre, illustrée ou non par des personnages de haute stature, présents ou non dans la mémoire collective ?

    2)    la deuxième est la période coloniale de laquelle est retenue surtout la politique des Rois et des Chefs face aux colonisateurs européens : collaboration ou résistance ?

    3)   la troisième, la plus récente, garde en mémoire la docilité ou la distance prise par les autorités traditionnelles envers des gouvernements dictatoriaux, à parti unique, issus de l’indépendance.

     

    Le prestige très inégal dont jouissent actuellement les royautés semble pour une part résulter de la combinaison de ces trois paramètres.

              Le crédit que valent aux Rois actuels les hauts faits de leurs ancêtres n’est pas laissé par eux improductif : il existe, notamment au Cameroun et au Ghana toute une littérature populaire largement diffusée, présente sur les trottoirs des capitales provinciales ou nationales. Des brochures illustrées, peu coûteuses rappellent aux Ghanéens les épisodes glorieux du passé Ashanti.

    Et aux Camerounais l’histoire des Sultans Bamoun des Fo Bamiléké.

    Elles sont massivement produites ou reproduites à l’occasion des intronisations et des funérailles royales.

    Il faut mentionner aussi l’impact des retransmissions par la télévision des cérémonies royales et des émissions à caractère historique diffusées par la radio nationale.

     

               Une question à laquelle il faut répondre : les Chefs ont-ils une exsitence légale, juridiquement reconnue, comme c’est le cas par exemple au Nigéria et au Ghana, où il existe des « Houses of Chiefs » ?

     

              II :       LA CHEFFERIE AU GHANA

     

    Vers la fin de la période coloniale, en 1949, un comité, composé de plusieurs personnalités indigènes et de plusieurs Chefs et présidé par Sir Henley Coussey, fut constitué pour l’administration de la Gold Coast. Ce comité avait pour tâche de préparer une proposition de Constitution pour le pays à la veille de son indépendance.

    La Commission Coussey adopta le point de vue selon lequel la «chefferie était tellement intégrée dans la vie de nos communautés que sa disparition provoquerait une catastrophe. »

         Cette revalorisation a été telle que les Rois font désormais des interventions à la télévision, à la radio, accordent des interviews aux journalistes, etc...

                      La chefferie demeure toujours une donnée politique importante pour des populations qui font appel à elle pour résoudre un certain nombre de problèmes de la vie courante, comme l’adultère, la sorcellerie, les envoûtements, les affaires domaniales, les homicides involontaires, etc...

    Elles s’y sentent plus à l’aise qu’au tribunal ou dans un commissariat de police.

     

             La grande question, qui est à l’ordre du jour depuis quelques années au sujet des liens entre la chefferie traditionnelle et l’administration, est de savoir quelle place réserver aux Rois et Chefs dans le cadre de la décentralisation.

    A cet égard, voici une proposition de solution :

     

     - Les perspectives d’une coopération harmonieuse entre pouvoirs publics et autorités traditionnelles dans le cadre d’un État de droit et d’une gestion des affaires publiques fondées sur la participation de larges fractions de citoyens dépendent de la capacité de l’État moderne à impulser les réformes nécessaires. Celles-ci devraient porter sur les hommes (les mentalités) et sur les structures (institutions).

     - Les initiatives au niveau des hommes et des mentalités s’inscrivent dans le long terme et dépendent essentiellement de l’instruction, de l’école.

     

    Il est absolument nécessaire d’associer les autorités traditionnelles à la gestion des collectivités locales.

    Le problème est de savoir comment définir une telle association.

     

    1)   Faire participer les autorités traditionnelles aux organes délibérants de la commune à travers leurs représentants. La question essentielle à résoudre à ce niveau est celle du mode de désignation de ces représentants participants à titre individuel aux élections municipales à tous les niveaux. Cette procédure, qui est la plus conforme aux exigences démocratiques, comporte néanmoins deux inconvénients :

    a)   D’une part, les électeurs peuvent n’élire que des partisans du pouvoir traditionnel, ce qui a pour risque de poser des problèmss d’incompatibilité tant au niveau des principes qu’à celui des institutions.

    b)     D’autre part, le choix des électeurs, à l’inverse, ne se porter sur aucun représentant des autorités traditionnelles. Le risque ici est que celles-ci se sentent mises à l’écart.

    Pour éviter une telle situation, on peut adopter une procédure de désignation basée sur la cooptation des autorités traditionnelles elles-mêmes. Dans ces conditions, le nombre de personnes cooptées par rapport au nombre de personnes élues doit être retenu de façon à faire jouer pleinement les principes démocratiques.

     

    2)    Faire participer les pouvoirs traditionnels en tant qu’institutions à la gestion des collectivités locales en les dotant d’un statut consultatif. Dans ce cas de figure, les précautions qui s’imposent sont : 

    a)  La détermination des domaines de compétences :

    Ici, on peut recenser les dolaines où habituellement les autorités traditionnelles exercent un certain pouvoir - conflits domaniaux, conflits religieux, inceste, veuvage, etc... Mais la compétence ne peut pas dépasser la recherche de la conciliation.

    b)   La définition des attributions :

    À ce propos, on peut imaginer l’élaboration d’un code ce que peuvent et ce que ne peuvent pas faire les autorités traditionnelles.

    c)    L’énumération des restrictions à leur autorité pour tout ce qui est relatif aux droits de la personne humaine - liberté individuelle, de conscience, de religion, de circulation, d’expression, etc...

     

    3)    S’appuyer sue les associations de développement qui, à l’étape actuelle, peuvent jouer le rôle d’organe consultatif à la disposition du conseil municipal. Dans ce cas de figure, le mode de désignation des des représentants des autorités traditionnelles dans ces associations doit être précisé.

     

                               Quoi qu’il en soit, l’implication des pouvoirs traditionnels à la gestion des collectivités locales doit commencer par la définition du statut juridique de cette réalité historique et sociologique omniprésente dans les campagnes comme dans la plupart des villes.

     

    Statut des autorités traditionnelles :

     

             La définition du statut des autorités traditionnelles devrait pouvoir faire ressortir le caractère d’utilité publique de cette institution venue du passé.

    Cette clause permettrait d’envisager la rémunération de la contribution apportée par ces autorités traditionnelles à la gestion des collectivités locales.

                 À ce stade, on peut souligner les points suivants : les autorités traditionnelles peuvent être associées à la gestion de ces collectivités, les modalités de cette association doivent tenir compte des exigences de l’État de droit, des principes démocratiques et républicains.

    Enfin, cette association doit éviter toute précipitation et s’effectuer par étape.

    La définition de ces étapes pourrait faire l’objet d’une étude plus approfondie au niveau des techniciens du droit et de l’administration  territoriale.

     

    V  :     CONCLUSION

     

    Des Rois parmi les plus grands se sont associés, par delà les frontières des États, pour mener une réflexion sur le rôle qu’ils pourraient tenir dans le monde actuel.

    Ainsi, à Niamey (Niger), en 1996, onze Rois d’Afrique occidentale et centrale se sont réunis afin de proposer leur médiation dans différents pays déchirés par les guerres civiles.

    En 1999, une nouvelle réunion eut lieu pour débattre de développement et d’écologie.

    Auparavant, les associations de chefs, qu’elles soient spontanées ou suscitées par les gouvernants, ne débordaient pas du cadre territorial de l’État.

    Quant aux États où les monarchies ont été éradiquées sans retour, comme c’est le cas à Madagascar où la monarchie merna a été abolie par les colonisateurs français en avril 1897, et au Burundi où l’abolition a suivi le coup d’État militaire de 1966, on voit tout récemment l’image de la royauté réapparaître dans les mouvements de renaissance aristocratique.

              La reviviscence de la chefferie dans l’État moderne plus proche d’une renaissance que d’une résurgence, terme qui sous-entendrait une reproduction à l’identique, est marquée par un jeu subtil d’initiatives réciproques, chacun des deux partenaires cherchant le moyen d’accéder au terrain occupé par l’autre.

    L’État moderne cherche à atteindre les communautés locales et à faire passer ces messages et directives, et pour cela il faut emprunter d’autres canaux que ceux par lesquels il touche les citadins et les nouvelles élites.

    __________

    Ce texte du responsable de l’URCT est la propriété de ©RoyautéNews® et sera analysé et commenté. 13 oct. 2021.

    L’Union des Royautés et des Chefferies Traditionnelles (URCT) est une association, de création européenne, parmi d’autres associations. 

    Faisait partie du comité de parrainage, notre invité, le Marquis de Thoran (). 

     

     


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