• L'exil éternel  -  Angela Rohr

    J'étais médecin au Goulag ;

    Traduit de l'Allemand par Jean-Jacques Briu ;

    Les Arènes ;  6 févr. 2019 ;  400 p.;    24€80.

    Présentation officielle : Pendant plus de trente ans, ces pages saisissantes reposèrent dans un tiroir. Il fallut attendre 1989 pour voir ce récit imprimé par une petite maison d’édition autrichienne, à titre posthume. C’est un chef-d’œuvre qui sort aujourd’hui de l’oubli.

    Issue de l’aristocratie autrichienne, Angela Rohr parcourt l’Europe du début du XXe siècle et fréquente les milieux littéraires, scientifiques et politiques : les expressionnistes, les dadaïstes, Freud, Brecht, Rilke…
    Elle s’essaie à l’écriture, étudie la médecine à Paris, à Berlin et à Vienne, s’initie à la psychanalyse.

    Avec son mari, elle rejoint l’URSS avec ferveur pour participer à la construction de la « société nouvelle ». Après l’invasion de l’Union soviétique par la Wehrmacht en 1941, ils sont arrêtés parce qu’ils sont autrichiens. Son mari disparaît et Angela est condamnée à cinq ans de Goulag. À l’issue de sa peine, elle est assignée à la relégation définitive, l’« exil éternel ». C’est seulement après la mort de Staline qu’elle peut rentrer à Moscou, en 1957. Elle meurt en 1985, dans la misère, sans savoir que son œuvre survivra.

    L’auteure, qui a passé seize années au Goulag, n’explique pas. Elle décrit, dans un style dépouillé, sans artifices ni fioritures, avec une apparente froideur et parfois même quelques pointes d’ironie. C’est d’autant plus bouleversant. Avec son récit au scalpel sur l’humanité broyée par la folie concentrationnaire, Angela Rohr prend place aux côtés des grands témoins du Goulag, Alexandre Soljénitsyne, Evguénia Guinzbourg ou Varlam Chalamov.

    L'exil éternel  -  Angela Rohr


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  • Vieux renards et jeunes loups - Frédéric Métézeau

    L'Archipel ;  9 janv. 2019 ;   432 p.;   20€99.

    A lire en lien avec notre article à venir sur la future élection présidentielle.

    Présentation officielle : « Dégagez-les ! » martelait Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron l’a fait. Un tsunami a balayé la classe politique française en 2017, avec l’arrivée à l’Élysée d’un président de moins de 40 ans, et le départ des trois quarts des députés siégeant à l’Assemblée nationale.

    Nombre de ténors omniprésents depuis dix, vingt, voire quarante ans ont soudain disparu des écrans. Certains ont pris une retraite aussi prématurée qu’involontaire ; d’autres ont changé de métier ou se sont exilés.
    Frédéric Métézeau brosse ici un portrait de la nouvelle classe politique française : survivants de l’ancien monde – désormais vieux renards – et jeunes loups récemment surgis dont certains devenus ministres ; tous bien décidés à s’imposer.
    Fruit de quelque quatre-vingts entretiens, ce livre est un pari. Quels hommes et femmes politiques seront aux commandes en 2022 ? Qui implosera ? Qui s’imposera ?

    Vieux renards et jeunes loups - Frédéric Métézeau


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  • La vie intellectuelle en France - Christophe Charle ; Laurent Jeanpierre

    Points ;  (2016)  ;  tomes 1 à 3 ; 7 fév. 2019 ; (1)864p. (2)588p. (3)624p. 13€ /ex.

    Présentation officielle : Unique par la durée qu'elle embrasse (des lendemains de la Révolution jusqu'à nos jours) comme par les dimensions sociales, culturelles, politiques et symboliques qu'elle s'efforce pour la première fois de combiner, cette nouvelle histoire intellectuelle de la France contemporaine met en relief non seulement le rôle des personnalités, des groupes, des controverses et des événements, mais également les conditions les plus prosaïques et matérielles de la vie intellectuelle ainsi que les conditions sociales et économiques de la production et de la circulation des idées.
    Enfin, contre les tendances traditionnelles de l'histoire des idées, les auteurs s'emploient à dénationaliser le récit pour mieux dégager les interactions entre l'espace français et les autres mondes intellectuels proches ou lointains, européens ou non européens, sans oublier en interne les contestations de l'hégémonie du centre parisien. Ce premier tome couvre une période qui s'étend de 1815 à 1914, celle de la conquête des libertés d'expression et d'une imbrication forte entre monde intellectuel et champs politique et religieux où les idées circulent aisément dans un cercle relativement restreint (1815-1860), suivie d'une phase progressive et déterminante d'autonomisation collective des intellectuels et d'une lutte entre eux pour définir les valeurs qu'ils portent et les faire valoir publiquement (1860-1914).

    (...) tome 2 : Enfin, contre les tendances traditionnelles de l'histoire des idées, les auteurs s'emploient à dénationaliser le récit pour mieux dégager les interactions entre l'espace français et les autres mondes intellectuels proches ou lointains, européens ou non européens, sans oublier en interne les contestations de l'hégémonie du centre parisien. Ce second tome s'étend de 1914 à nos jours : la troisième période considérée (1914-1962) consacre la valeur de l'engagement des intellectuels dans les combats politiques de l'époque, de la Première Guerre mondiale à la guerre d'Algérie ; la période actuelle (1962-aujourd'hui) marque une fragmentation des mondes intellectuels, avec une perte corollaire de leur influence et de leur légitimité dans l'espace public, au sein duquel la circulation des idées n'est facilitée qu'en apparence par les moyens de communication.

    (...) tome 3 : Ce troisième tome s'intéresse à la période la plus contemporaine (de 1962 à nos jours). Après l'effervescence des années 1960 et 1970, la déploration actuelle de la perte d'influence des intellectuels dans l'espace public masque les voies nouvelles d'expression des idées qui, jusqu'à aujourd'hui, ambitionnent de comprendre le monde, voire de le transformer.

    (...) générale : La vie intellectuelle ne saurait être réduite à une galerie de grandes figures de la pensée ni au récit épique de leurs combats. Elle ne se limite pas davantage aux idées politiques, aux grands courants littéraires et aux doctrines philosophiques. Avec cette somme sans équivalent par son approche de longue durée, elle englobe tout à la fois le monde des sciences, des lettres et des arts comme les idéologies militantes ou religieuses.
    Attentif aux espaces de production et de diffusion des idées, à leur circulation internationale comme à leurs ferments locaux et régionaux, aux soubassements collectifs et institutionnels de leur genèse ainsi qu’à leurs interactions avec la société, cet ouvrage retrace l’histoire de la France contemporaine au prisme des idées qui l’ont transformée et qui s’y sont affrontées. De ses groupements emblématiques à ses courants marginaux, de ses moments d’effervescence à ses mouvements souterrains, il donne à lire une histoire de la vie intellectuelle entièrement décloisonnée et renouvelée.
    Ce premier volume couvre une période qui s’étend des lendemains de la Révolution à 1914. Elle débute par la conquête des libertés d’expression, marquée par une imbrication forte entre le monde intellectuel et les pouvoirs politiques et religieux. Elle se prolonge par une phase déterminante d’autonomisation collective des intellectuels et d’affirmation de nouvelles sciences. Il en résulte une lutte entre eux pour définir les valeurs à faire valoir publiquement dans la nouvelle société démocratique.

    La vie intellectuelle en France - Christophe Charle ; Laurent Jeanpierre

     

    La vie intellectuelle en France - Christophe Charle ; Laurent Jeanpierre

    La vie intellectuelle en France - Christophe Charle ; Laurent Jeanpierre

     


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  • Le naufrage des civilisations  -  Amin Malouf

    Grasset ;   13 mars 2019 ;   332 p.;   22€.

    Présentation officielle : Il faut prêter attention aux analyses d’Amin Maalouf  : ses intuitions se révèlent  des prédictions, tant il semble avoir la prescience des grands sujets avant qu’ils n’affleurent à la conscience universelle. Il s’inquiétait il y a vingt ans de la montée des Identités meurtrières  ; il y a dix ans du Dérèglement du monde. Il est aujourd’hui convaincu que nous arrivons au seuil d’un naufrage global, qui affecte toutes les aires de civilisation.
    L’Amérique, bien qu’elle demeure l’unique superpuissance, est en train de perdre toute crédibilité morale. L’Europe, qui offrait à ses peuples comme au reste de l’humanité le projet le plus ambitieux et le plus réconfortant de notre époque, est en train de se disloquer. Le monde arabo-musulman est enfoncé dans une crise profonde qui plonge ses populations dans le désespoir, et qui a des répercussions calamiteuses sur l’ensemble de la planète. De grandes nations «  émergentes  » ou «  renaissantes  », telles la Chine, l’Inde ou la Russie, font irruption sur la scène mondiale dans une atmosphère délétère où règne le chacun-pour-soi et la loi du plus fort. Une nouvelle course aux armements paraît inéluctable. Sans compter les graves menaces (climat, environnement, santé) qui pèsent sur la planète et auxquelles on ne pourrait faire face que par une solidarité globale qui nous fait précisément défaut.
    Depuis plus d’un demi-siècle, l’auteur observe le monde, et le parcourt. Il était à Saigon à la fin de la guerre du Vietnam, à Téhéran lors de l’avènement de la République islamique. Dans ce livre puissant et ample, il fait œuvre à la fois de spectateur engagé et de penseur, mêlant récits et réflexions, racontant parfois des événements majeurs dont il s’est trouvé être l’un des rares témoins oculaires, puis s’élevant en historien au-dessus de sa propre expérience afin de nous expliquer par quelles dérives successives l’humanité est passée pour se retrouver ainsi au seuil du naufrage.

    Le naufrage des civilisations  -  Amin Malouf


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  • Comment l'Empire romain s'est effondré   -  Kyle Harper

    Le climat, les maladies et la chute de Rome ; traducteur, Philippe Pignarre

    La Découverte ;  3 janv. 2019 ;   544 p.;  25€.

    Présentation officielle : Comment Rome est-elle passée d’un million d’habitants à 20 000 (à peine de quoi remplir un angle du Colisée) ? Que s’est-il passé quand 350 000 habitants sur 500 000 sont morts de la peste bubonique à Constantinople ?
    On ne peut plus désormais raconter l’histoire de la chute de Rome en faisant comme si l’environnement (climat, bacilles mortels) était resté stable. L’Empire tardif a été le moment d’un changement décisif : la fin de l’Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne. Les changements climatiques ont favorisé l’évolution des germes, comme Yersinia pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais « les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d’une écologie des maladies qui ont assuré leur perte ». Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats ; les routes commerciales qui reliaient tout l’Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d’Hadrien avec une efficacité jusque-là inconnue. Le temps des pandémies était arrivé.
    Face à ces catastrophes, les habitants de l’Empire ont cru la fin du monde arrivée. Les religions eschatologiques, le christianisme, puis l’islam, ont alors triomphé des religions païennes.


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