• Comment gouverner un peuple-roi  -  Pierre-Henri Tavoillot

    Traité nouveau d'art politique ;

    Odile Jacob ;     22€90.

    Présentation officielle : « Sommes-nous entrés dans l’ère du déclin démocratique, voire dans un âge post démocratique ? Admettons au moins l’existence d’une triple déception : la démocratie libérale souffre d’une terrible crise de la représentation, d’une grave impuissance publique et d’un profond déficit de sens. Autrement dit, elle aurait perdu, en cours de route, à la fois le peuple qui la fonde, le gouvernement qui la maintient et l’horizon qui la guide. » P.-H. T.


    Pour Pierre-Henri Tavoillot, ce que nous avions pris pour un progrès acquis – la démocratie – se révèle en réalité un vertigineux chantier. Avec ce livre qui renoue avec la tradition oubliée des traités d’art politique, il nous invite à réfléchir à ce qui fait le secret de l’obéissance volontaire. Car, en démocratie, l’art de gouverner est surtout un art d’être gouverné. Comment l’envisager aujourd’hui ?

    Comment gouverner un peuple-roi  -  Pierre-Henri Tavoillot

    Commentaire de RoyautéNews : On pourrait dire : pour les Français, et en réponse à la présentation du livre, l'art d'être gouverné se résume de plus de plus à éviter d'être gouverné de trop près. Comme cela s'avère désormais impossible, depuis qu'ont été effacés les espaces de liberté auparavant consentis, c'est bien la pertinence du maintien en place d'un tel Etat, dans sa forme comme dans son idéologie, qui ne cesse de se poser d'une manière de plus en plus aiguë.


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  • Le temps de l'Etat-Entreprise  -  Pierre Musso

    Berlusconi, Trump, Macron ;

    Fayard ;   6 mars 2019 ;   352 p.;  23€.

    Présentation officielle : Nous assistons à la montée en puissance de la grande Entreprise, rivale de l’Etat, depuis plusieurs siècles. Cette fois, elle semble en mesure de rivaliser avec sa puissance et d’opérer un basculement en sa faveur. Sans cette «  grille de lecture  », il est impossible de comprendre la «  crise du politique » qui s’étire maintenant depuis plusieurs décennies et de comprendre les dernières évolutions locales aux Etats-Unis et en Europe dont sont symptomatiques les présidences de Donald Trump et Emmanuel Macron, et la résurgence de Silvio Berlusconi, entre autres.

    Personnages ayant surgi comme par effraction à la présidence de leur pays, perçus comme des « politiques » improbables, Berlusconi, Trump et Macron ont été bien rapidement étiquetés « populistes », « élitistes », « néo-libéraux». Si ces trois figures, pourtant en phase avec l’époque, restent incompréhensibles, c’est qu’ils méritent que l’on formule d’autres hypothèses d’interprétation du phénomène qu’ils représentent.
    Berlusconi, Trump et Macron, antipolitiques en politique, sont des figures pionnières de l’État-Entreprise. Cette institution double se manifeste et apparaît aujourd’hui, tandis que l’État est plus affaibli que jamais, et à sa suite la politique et le système de la représentation. L’Entreprise, en premier lieu la grande Entreprise (big corporation), triomphe. Elle est à l’apogée de sa puissance.
    Ce livre met en perspective, sur la longue durée, la mutation profonde du politique en Occident et donne à voir ce qui se joue à l’arrière-plan, entre l’État (institution de la religion du politique) et l’Entreprise (institution de la religion industrielle) : un lent processus de neutralisation de l’État qui s’accélère depuis la fin du XXe siècle et semble tendre à son démantèlement, au profit de l’Entreprise… À tout le moins assistons-nous à un transfert d’hégémonie.

    Le temps de l’État-Entreprise advient, temps de la mutation du pouvoir et du rapport de force entre les deux institutions désormais hybridées.

    Le temps de l'Etat -Entreprise  -  Pierre Musso


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  • Des balles et de l'opium  -  Liao Yiwu

    Editions Globe ;  Traduction : Marie Holzman ; 3 avr. 2019 ;  304 p.;  22€.

    Présentation officielle : 1989. La colère monte depuis des mois en Chine. Ce jour-là, le 4 juin, elle éclate. Des millions de citoyens se rassemblent dans les rues et sur la place Tian’anmen, pour réclamer davantage de démocratie et de justice. Le pouvoir répond par des balles, des baïonnettes et des chars d’assaut, et, aussitôt après, propose au peuple défait un nouvel opium : l’argent, à tout prix.
    Ce livre – qui évoque aussi la mémoire du meilleur ami de l’auteur, Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix 2010, mort en détention en 2017 –, est un recueil de témoignages de quelques-uns des « émeutiers » du 4-juin.
    Leur crime ? Ils ont écrit, photographié, décrit la réalité de ce jour-là. L’un est poète, l’autre, banquier, un troisième, étudiant, un quatrième a pissé sur un char à l’arrêt.
    Les qualifications ubuesco-kafkaïennes de leurs actes ? « Tromperie économique », « récriminations réactionnaires furieuses », « incitation à la propagande contre-révolutionnaire ».
    Leurs peines ? Tortures, brimades, persécutions, douze ans de bagne, ou seize ans, ou vingt ans. Et ensuite, après la sortie, une condamnation à rester des « parasites de la société » à vie, des marginaux définitifs. Trente ans plus tard, leurs bourreaux sont toujours au pouvoir.

    Des balles et de l'opium  -  Liao Yiwu


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  • Dien Bien Phu ; la fin d'un monde - Pierre Journoud

    Vendémiaire ;   1er avr. 2019 ;  608 p.;   25€.

    Présentation officielle : Printemps 1954 : le fer de lance du Corps expéditionnaire français d'Extrême-Orient affronte, dans la haute vallée de Dien Bien Phu, les unités d'élite de l'Armée populaire du Vietnam commandées par le général Giap. Ce féroce et inégal corps à corps sur fond d'intenses duels d'artillerie est d'une violence inouïe : entre 13 000 et 25 000 soldats vietnamiens sont tués ou blessés, tandis que les pertes françaises s'élèvent à 65 % des effectifs engagés. Au terme d'un siège long et éprouvant, le combat s'achève par une défaite implacable pour l'armée française, dont près de 9 000 soldats subiront une douloureuse captivité dans les camps du Vietminh. Dans un contexte de guerre froide où la France est massivement soutenue par les États-Unis et le Vietnam par la Chine communiste, ce colossal face-à-face mènera à un accord diplomatique entérinant, à Genève, la disparition de l'Indochine française, prélude à la fin de l'ère coloniale. La défaite de la France précipitera la décision du FLN algérien d'engager à son tour la lutte armée, en même temps que la radicalisation d'une partie de l'armée française hantée par le « syndrome indochinois » et bien décidée à ne plus jamais subir pareille humiliation. En s'appuyant sur de nombreux témoignages des deux camps, Pierre Journoud, avec la collaboration de Dao Thanh Huyen, replace pour la première fois dans un cadre spatio-temporel considérablement élargi cette bataille mythique, qui changea la face du XXe siècle.

    Dien Bien Phu ; la fin d'un monde - Pierre Journoud


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  • Pétain, Salazar, de Gaulle ; affinités, ambiguïtés, illusions - Patrick Gautrat

    Chandeigne ;   18 avr. 2019 ;  296 p.;  22€.

    Présentation officielle : Les relations entre la France et le Portugal auront atteint entre 1940 et 1944 une densité rarement connue au siècle dernier. Les circonstances s’y prêtèrent avec l’avènement à Vichy d’un régime ayant de profondes affinités avec celui de Lisbonne. On a pu dire qu’un « petit frère était né » sur les rives de l’Allier et l’État Français cherchera à bénéficier pleinement de l’expérience lusitanienne à travers des relations intenses dans tous les domaines.

    Mais l’entrée en jeu de la « dissidence » Gaulliste et du général Giraud va brouiller les cartes en créant une situation complexe où l’on verra la France avoir simultanément pendant quelques mois trois représentations à Lisbonne. C’est le temps de l’ambiguïté, Salazar ne voulant pas reconnaître la France Libre tout en continuant de négocier avec elle en matière commerciale. Dans cette Lisbonne neutre, les intrigues vont bon train mais les contacts directs sont insuffisants entre dirigeants portugais et français. On s’en remet trop à des diplomates qui se laissent souvent piéger par des fausses nouvelles ou des analyses erronées. Le comble sera atteint du côté français avec une succession de cafouillages pour la nomination des chefs de la Légation tandis que certains responsables gaullistes se signaleront par leur activisme. Mais malgré cette atmosphère trouble, les délicats dossiers des réfugiés et des juifs seront traités de façon satisfaisante.

    Après le débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942, Vichy perdra vite toute crédibilité et la relation va s’étioler avec Vichy alors qu’elle tend vers une reconnaissance de facto avec la France Libre. Ce sera le temps des illusions. Salazar cultivera le fumeux concept de « paix de compromis » dont les belligérants ne veulent pas mais ses analyses seront plus convaincantes sur le monde de l’après-guerre. Finalement, chacun des acteurs n’a pas assez mesuré l’intérêt d’une relation plus intense : pour Vichy, l’Empire portugais et l’alliance historique de Lisbonne avec Londres ; pour la France Libre, être reconnue par un État qui comptait en Europe ; pour le Portugal, enfin, préparer l’après-guerre en faisant oublier certaines parentés idéologiques embarrassantes. On a finalement réussi à démêler cet écheveau et les rapports franco-portugais n’ont pas eu à souffrir des relations complexes et contradictoires qui se nouèrent pendant la Seconde Guerre mondiale entre Pétain, Salazar et de Gaulle.

    Pétain, Salazar, de Gaulle ; affinités, ambiguïtés, illusions - Patrick Gautrat


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