• Le génocide voilé - Tidiane N'Diaye

    Le génocide voilé - Tidiane N'Diaye -

    Folio ; (2008) paru le 9 Mars 2017 ;  320 p.;  7 € 70.

    Présentation de l'édition de 2008 : Ce nouvel essai de l'anthropologue Tidiane N'Diaye, auteur de L'éclipse des dieux, fait le point sur l'esclavage en Afrique depuis la haute Antiquité. Il souligne le caractère monstrueux de la traite saharienne, qui conduisit les Arabes à razzier l'Afrique noire pendant treize siècles sans interruption.

    Tidiane N'Diaye brosse le portrait de l'Afrique avant la pénétration de l'islam. Dans son infinie variété, le continent présente des sociétés hiérarchisées, généralement organisées autour du matriarcat et d'un système de « castes » très hiérarchisé.

    Dans ces sociétés, les esclaves, captifs ou esclaves de naissance, représentent environ un quart de la population. Ils font partie de la famille au sens large, avec un statut qui les rapproche des serfs du Moyen Âge bien plus que des esclaves des plantations sucrières du Moyen-Orient ou d'Amérique.

    Ils servent comme esclaves de case, esclaves de champ ou aussi bien comme guerriers. Les témoignages de voyageurs ne font pas état de sévices et de maltraitance particulière à leur égard et au temps de la colonisation, beaucoup d'Européens, tels Faidherbe ou Gallieni, répugneront à détruire cette forme de servitude avec le système social qui la soutient.

    Tout autre est l'esclavage introduit par les conquérants et les trafiquants arabes dès le VIIIe siècle. Celui-ci s'accompagne de brutalités extrêmes, à commencer par la castration en ce qui concerne les hommes et de viols en ce qui concerne les femmes. Il se double d'un immense mépris pour les Noirs. Ce mépris est réciproque comme l'observe le voyageur écossais Mungo Park, à la fin du XVIIIe siècle. Les « Maures » sont craints tout autant que haïs par les sédentaires noirs de l'Afrique de l'Ouest.

    En s'appuyant sur les témoignages des voyageurs, comme le géographe de Cordoue Al Bakri, Tidiane N'Diaye décrit avec brio le développement de la traite saharienne puis de la traite maritime, au départ de Zanzibar et à destination de la péninsule arabe, au XIXe siècle. Cette dernière bénéficie de l'acceptation tacite des Britanniques, intéressés au maintien de bonnes relations avec les trafiquants de l'océan Indien, au premier rang desquels Tippou Tip, célèbre négrier de Zanzibar.

    Le génocide voilé est un ouvrage très documenté qui témoigne d'une grande érudition. Bien écrit, il se lit avec aisance. Il permet de comprendre la complexité d'un phénomène, l'esclavage des Africains, qui ne se réduit pas, loin de là, à la traite atlantique pratiquée par les Européens.

    Présentation  de cette édition : Cette étude éclaire un drame passé à peu près inaperçu : la traite des Noirs d’Afrique par le monde arabo-musulman. Cette traite a concerné dix-sept millions de victimes tuées, castrées ou asservies, pendant plus de treize siècles sans interruption. Les razziés étaient contraints de traverser le désert à pied pour rejoindre le Maghreb, l’Égypte ou la péninsule Arabique via Zanzibar, par bateaux… Pourtant, cette traite négrière a été minimisée, contrairement à la traite occidentale vers l’Amérique. Pourquoi ? Parce que seule la conversion à l'islam permettait d’échapper à l’esclavage, mais n’a pas épargné les Noirs. Toutefois, de nos jours la majeure partie de l’Afrique est devenue musulmane, d’où une forme de fraternité religieuse entre le côté « blanc » et le côté « noir » du continent, et une volonté commune de «voiler» ce génocide.
    Un livre polémique et courageux.

    Le génocide voilé - Tidiane N'Diaye


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  • Commentaires

    1
    TR
    Mardi 4 Avril à 20:48

    Tidiane N'Diaye est je crois, le premier grand historien à avoir largement diffusé cette question de la traite des Noirs vers les pays musulmans.

    Par rapport à la traite des Blancs vers ces mêmes pays (par les Vikings, jusqu'au IXe siècle en Normandie; puis les Tatars etc), où les hommes étaient tous castrés aussi, mais par "simple" vasectomie (mortalité évaluée à 10%), les victimes africaines étaient émasculées, avec un taux de mortalité que l'on évalue à 90%... Sans compter la traversée du Sahara, dont la mortalité a été évaluée à 50% environ...

    La traite transatlantique a, en fin de compte, affaibli les sociétés du monde musulman qui vivaient sur la base de l'esclavagisme et de l'exploitation des chrétiens et autres "petits" (enfants d'esclaves noires...) par assèchement de "l'offre", les esclavagistes occidentaux payant plus; tout en évitant la castration et en limitant la mortalité (évaluée à 1/6e sur les navires français, où ils étaient probablement les mieux traités il faut dire; mortalité équivalente à celle des marins, pourtant eux aussi bien mieux traités que les marins anglais), ce qui a permis aux victimes de cette traite d'avoir aujourdhui des dizaines de millions de descendants sur le continent et les îles américains; mais des descendants encore traumatisés par l'esclavage, pour beaucoup, peut-être en partie parce que l'abolition s'est faite de manière assez égoïste, sans penser aux esclaves eux-mêmes (qui en ont souvent, paradoxalement, souffert dans un premier temps) et au nom d'idéologies qui, comme toutes les idéologies, ne tiennent pas compte de la réalité... Mais ce côté "positif par double négatif" ne doit pas faire oublier combien elle était indigne par elle-même!

    Tout de même, il est bon de parler largement de cette traite, parce qu'on a pu entendre encore récemment le président sénégalais Abdoulaye Wade "faire taire" un opposant en lui rappelant que lui, Wade, était issu d'une tribu esclavagiste, alors que son opposant était issu d'une tribu où sa tribu enlevait des esclaves... Ce qui ne l'empêche pas bien sûr de demander des indemnisations aux pays européens!



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