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    Nous recevons ce soir Son Altesse Royale la Princesse Marie-Thérèse de Bourbon Parme.

     

    L'Espagne est en ce moment au centre de l'actualité, entre autres avec les conséquences de la crise qui ne cessent de se traduire sur l'économie du pays.

     

    La maison de Parme est une branche de l'illustre maison de Bourbon, qui a régné sur les Duchés de Parme et de Plaisance. Héritière des rois Carlistes en Espagne, elle se considère comme l'héritière en France à la fois de la Légitimité et de la branche aînée. (éteinte avec le Comte de Chambord).

    Soeur du dernier Duc de Parme, Carlos Ugo et tante de l'actuel Duc de Parme, elle oeuvre en Espagne pour la solution Carliste que représente sa famille, de sensibilité Chrétiens de gauche.

    Le Carlisme est une formule historique espagnole, proche du peuple, parfaitement bien connue en Espagne, particulièrement implantée par exemple en Catalogne, en Navarre, dans la région de Valence, au Pays-Basque espagnol. 

     

    Elle publie prochainement la version française de son ouvrage consacré à sa famille, aux Editions de Maule.

     

    Nous reviendrons avec elle sur plusieurs questions approfondies, sur le sens de l'Autogestion dans le Carlisme.

     

    Elle nous livre ce soir sa vision actuelle du Carlisme pour l'Espagne et pour l'avenir.

     

       Photo qui fut prise à Jérusalem     
    ©Royauté-News

     

    Entretien avec la Princesse Marie-Thérèse de Bourbon Parme -

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    Royauté-News : - Quel est le lien qui unit, fondamentalement, ainsi qu'aujourd'hui, le Carlisme au Peuple espagnol, et pourrait-on le définir ?



    Princesse Marie-Thérèse de Bourbon Parme :

    En 1833 meurt le roi Ferdinand VII, le roi le plus néfaste que l'Espagne ait connu, servile vis-à-vis de Napoléon, traître à son peuple. Avant de mourir il change (sans l'accord des Cortès, le parlement) la loi semi-salique promulguée par les Bourbons à leur arrivée en Espagne. Les femmes ne peuvent accéder au trône qu'à l'extinction des mâles de la ligne dynastique. Il place sa fille Isabelle sur le trône au lieu de son frère Carlos Maria Isidro. Il y a tout de suite un soulèvement populaire en Espagne en faveur de Don Carlos. Surtout parce que ce prince déclare qu'il respectera les fueros (droits régionaux, libertés régionales) des provinces qui en jouissent encore (comme au Pays Basque) et qu'il les restaurera là où elles avaient été supprimées (comme en Catalogne).

    C'est ainsi que commence l'aventure, la "saga carliste", qui va se poursuivre jusqu'à nos jours. Trois guerres civiles et une activité propagandiste, idéologique, intense. Voilà le bilan de cette longue et féconde permanence avec d'une part une dynastie engagée, tant sur le plan militaire que sure plan politique et des peuples, les peuples des espagnes (comme disent les Carlistes) organisés en parti politique, ou en armée aguerrie (les requetes). Leur barrière : la défense de la Religion (pas forcément de l'Eglise, toujours soumise au régime en place), la Patrie (c'est-à-dire l'union des patries, puisque le Carlisme est fédéraliste), les fueros et le Roi légitime.

    Le lien qui unit le Carlisme au peuple espagnol vient de ce passé belligérant qui a supposé tant de sacrifices et de l'espérance qu'un jour ce pourquoi il s'est tant battu, voie le jour sous une forme nouvelle.


    - Qu'est-ce qui fait qu'au delà de la crise, l'Espagne est bancale aujourd'hui ? L'élan démocratique permis par Juan Carlos est-il maintenant éteint et faut-il un nouvel élan ?

    L'élan démocratique a été le fait de l'union de tous les partis clandestins de gauche et de certaines personnalités de droite, de forces sociales non forcément partisanes (comme les tables démocratiques des villes et des villages rassemblant toutes leurs forces vives). Cet élan a supposé de très nombreux efforts, de très nombreux sacrifices pendant des années, dès les années 60. Vers la fin du Franquisme un pacte secret a sanctionné l'accès du Prince Juan Carlos, l'homme de Franco, au pouvoir, ce que demandaient les tenants du régime les plus disposés au consensus, et l'acceptation de sa part du programme de l'opposition unie, c'est-à-dire la démocratie, ce que demandait justement cette opposition.

    A l'heure de la transition démocratique il y a eu élan extraordinaire de fraternité et de réconciliations entre adversaires. Malheureusement ce que nous, et d'autres, considérions comme un stepping stone, un premier succès démocratique susceptible de nous mener plus loin avant dans ce sens, (davantage de justice et de solidarité avec les pays émergents) a été considéré par ceux qui sont arrivés au pouvoir, qui, la plupart du temps, n'avaient pas été dans les combats de la démocratie souterraine, comme un statu quo. il y a eu cependant  beaucoup de choses positives de faites. Malheureusement aussi la gabegie, des dépenses somptuaires et inutiles et une corruption néfaste de la part de très nombreux dirigeants politiques. L'élan démocratique a été brisé, la défiance, la haine entre vainqueurs et vaincus attisée de toute évidence par certains intérêts politiques, a fait très malheureusement sa réapparition.


    - De quelle manière les provinces carlistes (voir notre présentation) peuvent-elles apporter quelque chose aux autres provinces et donc à toute l'Espagne ?


    Les provinces qui ont gardé leurs fueros ont été mieux organisées et davantage démocratiques dans leur gestion que les autres. Il y a eu sous le roi Carlos VII un véritable état Carliste dans le nord de l'Espagne, avec ses douanes, son courrier, sa monnaie, reconnu par la plupart des puissances étrangères, exemplaire par la bonne marche de son administration et sa gestion démocratique.

    Ainsi les provinces historiquement Carlistes peuvent être un exemple valable en termes modernes pour d'autres provinces, ou nationalités (un terme en usage) avec lesquelles elles veulent s'unir dans une structure confédérale.



    - La violence séparatiste doit-elle être considérée comme un aveu de l'impuissance gouvernementale devant ce qui est d'abord un problème constitutionnel ?

    La violence séparatiste a des racines historiques. Lorsque les armées Carlistes furent battues par les armées gouvernementales, plus puissantes, appuyées entre autres parles régimes des monarchies bourgeoises de l'époque (Louis-Philippe, l'Angleterre), les fueros ont été abolis. D'autre part le régime en place sous la monarchie dite libérale a pris les terres, tant celles de l'Eglise que celles, collectives, des villages, condamnant les paysans qui en vivaient à une extrême misère. L'exaspération populaire contre l'état spoliateur a conduit, et s'est traduit par la volonté de s'en séparer. Le Carlisme, partisans de l'autonomie des provinces, a toujours été l'adversaire du séparatisme. Le problème constitutionnel vient du fait que l'autonomie des provinces, reconnue par la constitution en vigueur, n'a été qu'une demi-mesure. L'impuissance du gouvernement, c'est aussi l'impuissance "d'élites" politiques qui ont perdu l'esprit de consensus de la transition démocratique et le sens de la réalité. La question désormais n'est pas d'ordre juridique, mais d'ordre passionnel.


    - L'image très bousculée de la monarchie juancarliste, au point que depuis plusieurs mois, on s'interroge en Espagne sur l'après Juan Carlos, allant jusqu'à souhaiter une transition vers une autre forme de gouvernement (aile républicaine), tandis qu'une vaste partie de la population remet en cause la monarchie; si cette désaffection s'accentue, la solution Carliste que vous représentez avec votre famille, va-t-elle se manifester, pour susciter elle-même son retour en grand ? En même temps, si la question institutionnelle était posée, qui devrait la poser ?


    Ce n'est pas le rôle d'un prince de poser la question institutionnelle mais c'est au peuple espagnol qu'il revient de la poser et de décider du régime qu'il désire, et il existe en Espagne quantité de collectifs qui en sont désireux. Ce que mes neveux, et en particulier celui qui est le chef de famille, désirent, c'est avant tout d'être des référents, des référents politiques par les proposition qui sont les nôtres depuis toujours, mais sous un éclairage moderne et même futuriste, comme le projet de gestion collective, des référents moraux, des leaders capables de redonner confiance par leur capacité de susciter des solutions originales.


    - Les Espagnols sont-ils attachés aux Bourbons ou plutôt, au contraire allais-je dire, en prenant la question autrement, tiennent-ils, comme partie de la culture du pays à l'idée d'une monarchie traditionnelle et à ses légitimes représentants ?


    Curieusement on appelle "Bourbon" en Espagne la dynastie dite libérale. L'autre dynastie (la nôtre) est simplement appelée Carliste. les espagnols n'ont jamais été monarchistes, mais ils sont attachés à une dynastie, ils sont "dynastiques", c'est pourquoi les partisans de Don Juan étaient appelés "juanistes", ceux de Don Carlos, Carlistes et plus tard "carlohugoïstes". Le peuple Carliste, ce qu'on pourrait appeler le Carlisme Sociologique, qui ne font pas partie d'une organisation, a quelque chose de particulier. Le long souvenir Carliste, son histoire générales et ses ,histoires particulières, les sacrifices qui ont été consentis, les espoirs qui ont été soulevés, forment une masse incandescente capable d'accomplissements extraordinaires comme de son propre aggiornamento.

     

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    ©Royauté-News


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    Le Duc de Bragance, Dom Duarte, visite sans cesse les Portugais. Il participe, en de très fréquentes occasions, à des manifestations diverses : culturelles, festives, intellectuelles ou de réflexion, dans tous les domaines et il participe bien sûr à de nombreuses commémorations.

     

    Très apprécié, connu de tous les Portugais pour lesquels leur roi possible est un personnage qui appartient à leur univers familier, le Duc de Bragance, dont l'avis pèse, est une personnalité inséparable de la vie et de la réalité portugaises.

     

    A l'Automne, on l'a vu s'entretenir dans un long aparté remarqué avec Manuel Barroso. Il semble être ce repère serein au long des jours dans lequel peut se confier un Peuple.

     

    Pour cette Interview tonique, réalisée au mois de Décembre par RN 2 et RN 1, Nous recevons aujourd'hui Son Altesse Royale Mgr le Duc de Bragance, Chef de la Maison Royale de Portugal.

     

     

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    L'Interview de Monseigneur le Duc de Bragance.

     

     

     

    RN 1 : Quels sont les qualités et les atouts du Portugal que vous aimeriez, personnellement voir connus et reconnus sur la scène internationale, du point de vue économique par exemple ?

      - En général les portugais sont très responsables et débrouillards dans leur travail.
    Nous avons un climat exceptionnel pour le tourisme et l'agriculture, les étrangers de toutes origines sont toujours très bien reçus et les industries étrangères, établies au Portugal ont, en général, un grand succès. Comme partout, il faut bien connaître et respecter la mentalité locale pour bien s'intégrer.


    RN 1 : Quelle est votre opinion sur la crise qui ravage l'Europe et qui touche durement les Portugais ? Votre avis sur ses causes, peut-être institutionnelles, ni l'Europe ni les états ne sachant ni la prévenir, ni la bloquer, ni la résoudre ?


     - Chez nous, la cause a été surtout culturelle. Nos politiciens se sont laissés éblouir par les avantages de l'adhésion à l'UE et n'en ont pas compris les dangers, surtout les grands inconvénients de l'adhésion à la monnaie unique. J'ai souvent alerté l'opinion publique sur ces problèmes et j'ai été critiqué pour ça ! Notre seul chemin sera de couper les dépenses excessives de l'état et stimuler la production des produits d`exportation.

    RN 1 : Votre avis sur les actuelles institutions européennes, sur la lenteur de la mise en place des institutions qui leur manquent ?

     - Je suis d'accord avec mon Oncle l'Archiduc Otto qui disait que l'Europe devrait suivre le modèle de l'ancienne Confédération Helvétique Suisse, où les différences entre les cantons sont très respectées. La centralisation et l'unification excessives causent beaucoup de tort à une véritable unité des nations européennes.

    RN 2 : Les ducs de Bragance jouissent d'un statut particulier dans le cadre du régime républicain portugais : des modifications sont-elles envisagées à terme ?

    Je crois que par ma collaboration avec tous les gouvernements que nous avons eus il en a été renforcé, car plusieurs membres de ce gouvernement sont royalistes. Je suis toujours à la disposition des portugais et de notre gouvernement pour tout ce que pourrait être utile.


    RN 2 : Est-il prévu que Dom Afonso, votre fils aîné, qui aura 18 ans le 25 mars 2014, participe à des activités officielles des ducs de Bragance, voire qu'il en exerce lui-même ?

    Nos trois enfants participent à quelques activités officielles, soit religieuses, soit aux invitations des municipalités. Ils assistent aussi à quelques événements organisés par la «Causa Real», qui rassemble la plupart des mouvements royalistes portugais.

    RN 1 : Quelles sont les qualités du Peuple Portugais ? Quel rôle humain, avec sa personnalité, peut être le sien parmi la dynamique des peuples d'Europe ?

     - Les portugais sont reconnus partout en Europe pour leur honnêteté et leur capacité à se débrouiller ainsi que pour une grande facilité à s´intégrer aux populations locales, soit en Europe, comme sur les autres continents. Cette qualité est une des causes faisant que nous soyons très bien reçus dans nos anciens Territoires d'Outre Mer, réunis dans la CPLP (Communauté des Pays de Langue Portugaise).

    RN 1 : Comme l'on sait aujourd'hui qu'une personnalité portugaise peut occuper une place de premier plan sur la scène internationale, (Manuel Barroso) auriez-vous de ce fait un avis différent de celui des autorités portugaises au sujet de la présidence tournante et seriez-vous favorable à une présidence fixe et stable de l'Europe ?

     - Je crois que la présidence tournante est plutôt positive, car c'est une forte motivation pour que les habitants des différents pays d'Europe s'intéressent aux questions européennes.
    Je crains que certaines attitudes du Parlement, ou d'autres organes européens, provoquent des conflits de nature culturelle et spirituelle. Je suis particulièrement concerné par les conséquences des lois qui libéralisent et stimulent la pratique de l'avortement pour des raisons non-médicales.
     
    Personnellement j'ai toujours défendu que nous devons suivre un modèle de développement basé sur le respect de l`homme, de l'environnement et du bon sens économique. Nous devons abolir des règlements et lois insoutenables. Je suis particulièrement contre la loi de l'avortement libre qui a déjà provoqué la mort de dizaines de milliers d'enfants qui voulaient naître. Les causes des avortements devraient être résolues par des mesures économiques et sociales qui respectent la vie.
     
    RN 1 : Quelles sont les principales mesures que vous mettriez en place tout de suite, (pour la crise ou pour d'autres sujets) si aujourd'hui vous conduisiez les affaires du Portugal ?

     - Comme Roi, je pourrais seulement influencer en privé les responsables politiques et les alerter pour les erreurs qu'ils ont commises. Personnellement, je crois que nous devrions créer des relations plus proches entre les organisations des pêcheurs et des agriculteurs avec les organisations similaires. Je crois aussi que l'état doit se rationaliser et couper toutes les dépenses non essentielles, surveillant les activités privées, mais leur facilitant la vie.
     
    RN 1 : Si l'on vous demandait de remplir une mission de conseil, par exemple, auprès du Gouvernement portugais, ou une mission de représentation économique du Portugal, l'accepteriez-vous ?

     - Absolument. J'ai développé plusieurs activités diplomatiques en collaboration avec notre gouvernement, en particulier pour résoudre des confits entre l'Indonésie et l'actuelle République de Timor, entre l'Angola et le territoire de Cabinda, etc. J`ai aussi participé à une initiative de paix en Syrie, mais malheureusement, sans succès.  
     

    RN 1 : Etes-vous impliqué personnellement dans les liens entre les membres de la communauté lusophone ?

    Le Parlement timorais, en reconnaissance de mon travail m'a concédé la nationalité timoraise avec passeport diplomatique. J'en suis très fier. Je préside la « Fondation Dom Manuel II » et nous travaillons à des programmes de développement rural et culturel et aussi à la défense de l'environnement dans plusieurs pays lusophones. Je crois, par exemple, que notre programme contre la faim et la désertification, préparé pour la Guinée Bissau est, assurément, le meilleur programme. Il nous manque le financement nécessaire pour le mettre en pratique.

     

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    Bragance

    Crédit Photo pour l'Interview de Royauté-News : © M. Homem Cardoso

     

    La Famille Royale de Portugal  - A Lisbonne, photo prise du Château Saint-Georges

     

    Pour agrandir cette image, cliquez ici.


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    Gabriela von Habsburg était depuis 2001 Professeur des Arts de l'Académie de Tbilissi, puis, en même temps à partir de 2005, à l'Académie Supérieure des Arts de Neuburg et de Donau. Elle se trouvait en Géorgie durant la Révolution des Roses.

     

    Depuis Novembre 2009, à la demande du Président Saakaschvili, elle représente la Géorgie comme Ambassadeur à Berlin.

     

    Elle décrit pour le public francophone et pour nos lecteurs la situation actuelle en Géorgie, et c'est notre Interview de rentrée.  

     

     

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    © News Agency

     

     

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    L'Interview de Gabriela von Habsburg 

     

    La Géorgie, pays Caucasien, appartient-elle à l'Europe, ou bien à l'Asie, ou occupe-t-elle une position intermédiaire ?

    - La Géorgie est totalement européenne. Culturellement elle est l'un des plus anciens pays européens. Mais bien sûr, grâce à sa localisation géographique, et à son histoire, elle possède aussi d'autres influences multiples. C'est cela qui rend la Géorgie tellement intéressante.

     

    Quels sont les atouts économiques, et plus généralement, les points forts de la Géorgie ?

    - Bien que la Géorgie ne possède pas de pétrole ni de gaz, elle dispose de très grandes capacités hydroénergétiques. L'union Européenne est à la recherche d'une solution pour l'énergie renouvelable. Nous, nous avons une source immense. Au sujet de nos réserves énergétiques, nous n'en utilisons que 40%, qui couvrent à la fois 90% des besoins de la Géorgie ainsi que l'exportation vers tous ses voisins.

     

    Le plus, parmi tous ses atouts, c'est certainement sa situation géographique. Par la Géorgie on ne trouve pas seulement accès à 4,5 Millions de Géorgiens. Par la Géorgie on trouve accès aux pays de la Mer Noire, aux marchés du Proche et du Moyen-Orient et de l'Asie Centrale - en tout ce sont 85 Millions de personnes.

     

    C'est un passage de l'Ouest à l'Est. Avec ses ports, la Géorgie offre accès aux voies d'eau internationales à neuf pays qui n'ont aucun accès à la mer.

     Batumi ? ...   - Oui, Batumi, et surtout Poti. Nous disposons aussi de zones de libre échange ( free trade zones ) et le commerce sous toutes ses formes est naturellement possible. La main d'oeuvre est bon marché, la vie, aussi, est bon marché, et le tourisme offre beaucoup de possibilités.

    La situation de la Géorgie est enviable, aujourd'hui il n'y a presque plus de corruption, et très peu de bureaucratie. il existe toutes possibilités dans le secteur des affaires.

     


    Pouvez-vous décrire la situation actuelle, avec  cette occupation militaire russe et quelles sont les violences exercées ?

    - La situation est très difficile, avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. Mais il ne sera pas possible de changer d'un jour à l'autre. Comme le dernier gouvernement, le nouveau gouvernement a lui aussi déclaré qu'il ne pouvait pas exister trois ambassades russes en Géorgie.

     

    La situation est compliquée. A cause de l'occupation russe, en ce moment, il n'est pas possible d'entrer dans les provinces occupées. Les Observateurs de l'Union Européenne ne le peuvent pas non plus.


    C'est pourquoi on ne peut donc pas décrire précisément la situation. Cela est connu : les habitants d'origine géorgienne sont discriminés et persécutés. Surtout en Abkhazie, ils ne sont pas libres d'être éduqués dans leur langue maternelle, n'ont pas la possibilité de choisir leur profession, et leurs droits politiques et de libertés sont empiétés. Des voyages sont impossibles. On peut dire qu'il existe bien une répression en Abkahazie.

     


    Quelles seraient les solutions possibles pour sortir de cette situation, et quelle est la position de la Géorgie vis-à-vis de l'Union Européenne ?

    - Il n'existe malheureusement pas de solution à court terme, mais nous sommes en contact avec l'Union Européenne. L'UE soutient l'intégrité territoriale de notre pays. Comme presque la communauté internationale entière. Nous sommes engagés dans les
    rencontres de Genève, la seule forme de contact diplomatique avec la Russie. Malheureusement, il n'y a que peu de progrès.

     

    La position de la Géorgie vis-à-vis de l'Union Européenne : nous voulons, un jour, devenir membre de l'Union Européenne et de l'OTAN. Nous faisons partie du Partenariat oriental et Bruxelles et Tbilissi négocient un Accord de stabilisation et d'association (ASA) et un Deep Comprehensive Free Trade Agreement (DCFTA) (1) et puis la libéralisation du visa.

     

    La situation avec la Russie provient-elle surtout de la personnalité de Wladimir Poutine ?

     

    Le peuple Géorgien n'a jamais eu de problème avec ses voisins Russes. Donc ce n'est pas un problème entre deux populations, mais plutôt un problème politique. les causes sont multiples, la personnalité de Wladimir Poutine n'est certainement pas très conciliante.

     

    Le problème prédominant reste l'occupation du territoire géorgien par les militaires russes, en tout à peu près 15 000 soldats. Cela doit être révoqué, par n'importe qui se trouvant en pouvoir au Kremlin. En ce moment, la Russie entretient des bases militaires en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Cela contredit l'accord d'armistice qui a été signé en 2008 entre les présidents Medvediew et Saakashvili.

     

    Il ne faut pas confondre : il ne s'agit pas d'un conflit ethnique, C'est un conflit politique dans lequel la Russie joue un rôle décisif.

     

    Au sujet de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, certains, en Europe de l'Ouest ou ailleurs, soutiennent que la Géorgie a exercé des violences contre les minorités de ces deux provinces...

    - Ce n'est pas vrai du tout.
    Il existe cinq ethnies différentes : les Swans, les Ossétiens, les Abkhazes, les Géorgiens, et les Mingréliens. Historiquement, il s'est toujours trouvé une situation normale entre elles, ainsi qu'avec toutes les autres qui ont résidé.

     

    L'Abkhazie et l'Ossétie du Sud ont toujours eu leur autonomie, le gouvernement central a toujours respecté ces cas spéciaux. Entre le deux guerres de 1991 et de 2008, plus de 350 000 personnes ont été explulsées de leur patrie dans ces deux provinces. Cela est un aspect qui est souvent oublié.



    Si une aggravation militaire se produisait, feriez-vous appel à l'Europe, ou à des pays comme la France ?

    - On ne pense pas qu'il y aura d'aggravation violente.

     

    La question est : que se passe-t-il en cas de guerre entre Iran et Israël ou bien une guerre en Syrie, dans laquelle la Russie se mêlerait, car la carte le confirme, la Russie passerait par la Géorgie.

    Quels sont les rapports entre la Géorgie et ses voisins dans toute la zone géographique ?


    - Avec presque tous nos voisins, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, la Turquie, nous entretenons des contacts les meilleurs, - du point de vue politique et économique. Malheureusement, ce n'est pas le cas avec la Russie.


    Quelles sont les aspirations, ou les souhaits de la Géorgie ?



    - Les dernières élections ont prouvé le développement démocratique de la Géorgie. Nous avons implémenté un grand nombre de réformes et nous avons modernisé le pays. Notre but est naturellement de devenir membre de l'Union Européenne et de l'OTAN. Nous sommes une part de la famille européenne.


    Avez-vous quelques amis, parmi les pays d'Europe de l'Ouest par exemple ?

    - Nous avons de très bonnes relations avec tous les pays de l'Union Européenne. Surtout avec la France et l'Allemagne, qui nous ont soutenus beaucoup dans des situations importantes.

     

    L'Ukraine sort de ses élections...

     

    - Il y a eu un temps pendant lequel l'Ukraine et la Géorgie poursuivaient les mêmes objectifs dans leurs relations internationales. La Communauté internationale, surtout l'Union Européenne, nous a vus véritablement comme un couple. Nos deux pays ne poursuivent plus les mêmes buts, surtout dans nos relations avec l'OTAN, et aussi se développent différemment. Aujourd'hui il est préférable que la Géorgie soit regardée séparément.


    Le grand projet de transfert économique vers une nouvelle ville, Lasika, se poursuit-il ?

     - La construction de Lasika a été mise en route. On verra quelles priorités le nouveau Gouvernement poursuivra. Mais je suis très optimiste avec ce nouveau Gouvernement, qui mettra certainement en place les promesses, notamment pour les Affaires Etrangères.

     

    Je vous remercie !

     

     

     (1) : accords commerciaux facilités

     


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  • Projetée dès le début 2011, cette interview a pu récemment prendre forme opportunément, et nous la publions alors que le Chef Raoni vient de lancer un nouvel appel à Rio pour alerter l'opinion publique.  RN 1

     

     

    Emilie Barrucand est ethnologue, et directrice de l'ONG Wayanga.

     

    Elle défend les Peuples Autochtones de l'Amazonie, parmi lesquels elle est devenue l'un des leurs.

    S'immergeant régulièrement au coeur de la Forêt Amazonienne, entre autres nombreuses missions, elle a archivé, à la demande du Chef Raoni, le patrimoine culturel Kapayo.

     

    Elle est la fille spirituelle du Chef Raoni, qui a fait d'elle sa représentante.

     

    Elle a publié en 2005 le livre WAYANGA, Amazonie en sursis, au Cherche-Midi.

    Photographe : Pierre Perrin. (15 € 20)

    40

     

    Je vous invite à visite le site de Wayanga  (clic ! )    www.planetattitude.com

     

    Vous pourrez ( Agir avec nous ) et aider Wayanga et Emilie Barrucand.

     

    Je suis très heureux de l'accueillir aujourd'hui.

     

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    L'Interview d'Emilie Barrucand -

     

     

    - Après votre livre de 2005, quelles sont les menaces à court terme et les périls immédiats ?

    Le rapprochement des colons des terres autochtones accroît le risque d´épidémie (grippe, malaria...) et menace les cultures et les langues autochtones de disparition.

    Les peuples autochtones et l´Amazonie sont aussi menacés par l´avancée des champs de soja ou encore par des projets tels que la construction de routes et de barrages. Comme le barrage de Belo Monte dont mon livre parlait déjà et au sujet duquel Wayanga a produit un rapport, à la demande de la Commission des Droits de l´Homme en 2007, sur les dangers que Belo Monte représentait –et représente toujours ! - pour les peuples autochtones. Ce barrage, prévu pour être le troisième plus gros barrage au monde après celui des Trois-Gorges en Chine et d´Itaipu, situé à la frontière entre le Brésil et le Paraguay, est en cours de construction sur le Fleuve Xingu. Affluent de l´Amazone, ce fleuve traverse les terres de nombreux peuples autochtones, dont celles des Indiens Kayapo avec lesquels je travaille depuis 11 ans déjà. Les impacts prévus de ce projet sont : la pollution des eaux que les Indiens boivent et dans lesquelles ils se baignent, la mort d´une multitude de poissons et la baisse de leur reproduction alors qu´il s´agit de l´unique source en protéine animale d´une partie des peuples du Xingu, la destruction d´écosystèmes rares... La construction du barrage de Belo Monte va également entraîner l´augmentation de la déforestation dans la région puisque les routes tracées pour sa construction devraient faire migrer les populations non-autochtones vers des zones de forêt jusque-là protégées.

     

    - De quelle façon les particuliers peuvent-ils agir très concrètement et tout de suite pour peser [sur les puissances politiques... ndlr ] et que faire exactement ? Aux publicités du WWF pour les Grand Singes par exemple, doit-on préférer soutenir des projets privilégiant d'abord les habitants, ou au contraire les différentes opérations sont-elles complémentaires ?

    Il est important de protéger la faune et la flore. Et je trouve que le WWF mène de belles campagnes de sensibilisation. Tout comme j´approuve les actions menées par Greenpeace.

    Wayanga et moi-même, nous concentrons d´abord sur les hommes. Il ne faut pas oublier en effet que les peuples autochtones sont les premiers protecteurs des écosystèmes les plus riches de la planète, et encore préservés grâce à leur mode de vie et à la gestion durable de leurs ressources.

    Suivant le souhait des anciens Kayapo et du chef Raoni de sauvegarder leur culture pour leurs futures générations, j´ai mis en place, avec Wayanga, chez les Indiens Kayapo, un programme axé sur la corrélation entre préservation des cultures et préservation de la biodiversité. Les peuples autochtones ne sont pas destructeurs, comme nous le sommes, de l´environnement, mais ses protecteurs, et ce grâce à leur mode vie respectueux de l´environnement et à leurs connaissances ( gestion durable de la forêt, pédologie, zoologie...). En les aidant à préserver leurs cultures et leur mode de vie respectueux de l´environnement nous les aidons à continuer de préserver la forêt, les plantes et les animaux qui y habitent...

    Les Kayapo sont de culture orale. Grâce à ce programme, ils pourront, en plus de maintenir leur gestion durable et respectueuse de la forêt, préserver les savoirs de leurs anciens pour toujours – que nous archivons -, réintroduire dans leur culture certaines cérémonies, pratiques, mythes... que j´ai identifiées avec eux comme en voie d´oubli. Nous allons prochainement distribuer dans leurs villages une collection d´enregistrements des ces connaissances en voie d´oubli, que j´ai effectués auprès de leurs anciens au cours de ces dernières années. Un Centre de Préservation de la Culture Kayapo devrait également voir le jour prochainement en pleine forêt.

    Je travaille sur place avec des jeunes leaders autochtones, choisis par leurs communautés pour défendre leurs peuples et pour apprendre à utiliser certains outils des « Blancs » pour cela. Je les ai formés à l´utilisation d´équipement audio. Wayanga leur a financé des formations informatiques, à d´autres des formations en comptabilité, en langues étrangères afin qu´ils puissent pouvoir mener eux-mêmes des projets pour la défense de leurs peuples et travailler au sein d´organisations locales.

    Nous avons besoin de soutiens financiers pour continuer nos projets. Mais aussi de bénévoles pouvant rédiger des articles pour notre site internet ou à diffuser sur la toile, pour sensibiliser le public aux dangers qui pèsent sur ces peuples et sur la forêt, des bénévoles aussi pour traduire des textes (français, portugais, anglais...), d´autres pouvant nous aider à trouver des fonds, à améliorer notre site internet, une attachée de presse...

    Il faut communiquer le plus possible sur les problèmes que ces peuples rencontrent afin que des mesures soient mises en place pour mieux protéger leurs terres et respecter leurs droits.

     

    - Le problème amazonien est-il donc d'abord causé comme on le dit, à la déforestation entre autres par des entreprises internationales ?

    Des entreprises multinationales mais aussi nationales sont actrices de la déforestation. Exploitants forestiers, miniers, entreprises agricoles exploitant le soja et élevant des bovins...

    Le rapprochement des colons des terres autochtones, la mise en place de projets de développement ou encore d´éducation non adaptés et intégrationnistes chez certains peuples autochtones peuvent pousser aussi ces derniers à délaisser leurs traditions, leurs langues, leurs mode de vie respectueux de la forêt qui les rendaient justement protecteurs de cette dernière. D´autres problèmes identifiés ont été évoqués un peu plus haut.

     

    - La passion vient-elle, ou se développe-t-elle d'habiter un univers paradisiaque et luxuriant et l'idée qu'on s'en fait ?

    Enfant, j´étais déjà fascinée par ces peuples. Mais aussi par la forêt amazonienne. Forte d´avoir une grand-mère qui a dédié une partie de sa vie aux plus démunis, et que je suivais dans ses actions, j´ai été très tôt sensibilisée aux injustices et à la force de l´engagement et de la solidarité.

     

    - Les Kayapo et les autres peuples autochtones amazoniens, en plus de conserver leur mode de vie et leur habitat, désirent-t-ils ne pas se laisser atteindre par les tentations offertes par les colonisateurs ? Pourriez-vous évoquer brièvement les différents peuples que vous avez rencontrés ?

    En plus des projets avec Wayanga auprès des Indiens Kayapo, j´ai commencé une étude sur la possibilité de mettre en place un projet pour les Indiens Pareci, qui leur permettrait de produire des essences naturelles pour le commerce, tout en respectant et en s´adaptant à leur organisation sociale traditionnelle et aux écosystèmes présents sur leurs terres. Ce qui leur permettrait d´acquérir des rendements pour survivre, car ces derniers, -ce qui n´est pas le cas des Kayapo qui vivent plus de manière autarcique- sont en contact depuis plus longtemps que les Kayapo avec la société nationale, ont de plus petites terres, vivent plus près des villes et ont besoin d´un minimum d´argent pour faire face à leurs besoins. Ce projet leur permettrait également d´agir contre la déforestation. Wayanga a récemment fait don de matériel photo-vidéo aux Pareci, pour qu´ils puissent sauvegarder eux-mêmes la mémoire de leurs anciens. Elle avait déjà apporté un soutien politique aux Pareci en invitant certains de leurs leaders politiques à des rencontres –non officielles- inter-ethniques que nous avions organisées, au Brésil. Nous avons également organisé en 2005 la visite européenne d´une délégation de représentants politiques autochtones d´Amazonie (Yawalapiti, Kayapo, Pareci). Nous les avions fait recevoir au Parlement Européen, à l´Élysée, à la Commission Européenne, à l´ONU et permis de s´exprimer devant de grands auditoires (notamment au sujet de Belo Monte) lors de différentes tribunes que Wayanga avait organisées (Conférence avec Amnesty et GreenPeace, Conférences de Presse à Paris, Genève...). Depuis le début de mon engagement, j´ai été amenée à me rendre aussi au Brésil, chez les Indiens Juruna, Kalapalo, Kuikuro, Ashaninka, Irantx, Bororo...

     

    - Pouvez-vous compter sur des personnalités très engagées pour la cause de l'environnement, comme Charles d'Angleterre, ou d'autres ?

    Wayanga est soutenue par la Fondation Prince Albert II de Monaco, par les acteurs Guillaume Canet, Marion Cotillard, Maud Bucquet, Grégori Dérangère, la styliste Diane von Furstenberg, le journaliste Laurent Bignolas, Nicolas Hulot. J´ai dailleurs présenté Nicolas Hulot au chef Raoni, l´année dernière, lors du tournage du dernier Ushuaia Nature, spécial Amazonie, dont j´étais la consultante et dont j´étais chargée de l´organisation. Nous recherchons d´autres personnalités pour nous soutenir.

     

    - Avez-vous appris le Brésilien et la langue Kayapo "sur le tas" ? Vos préférences et goûts Mode lorsque vous êtes en métropole, et lorsque vous êtes au Brésil ?

    J´ai étudié le portugais au lycée et appris le Kayapo au fil du temps, sur place.

    Au Brésil, j´ai toujours mes Havaianas, même pour marcher en jungle : ma seconde voûte plantaire !!

    Même si les actions que je mène peuvent paraître assez masculines, je n´en reste pas moins très féminine. J´aime les robes ; être à la fois naturelle tout en gardant un côté gracieux.

     

    - Quel est votre avis sur l'opération lancée au mois d'Avril par Colin Firth pour les Indiens Awa ?

    J´approuve tout-à-fait cette opération qui a permis aux Awas de faire connaître la situation difficile qu´ils rencontrent, la menace que les bûcherons représentent pour leur survie et celle de leurs terres. Il faut en effet que les célébrités se mobilisent pour donner plus de portée au messages et aux cris d´alerte de ces peuples.

     

    - La famille Impériale du Brésil, dont la popularité est très grande, pourrait-elle s'impliquer dans votre démarche si ce n'est pas le cas, et aimeriez-vous qu'elle le fasse ?

    Je ne connais pas personnellement la famille Impériale du Brésil. Oui, bien sur, obtenir son soutien serait très positif pour les Indiens. Je veux parler d´un soutien financier mais aussi relationnel. De nous faciliter des rencontres politiques, médiatiques, en nous faisant bénéficier de son réseau relationnel, par exemple.

     

    - Une fois sauvegardées les coutumes et la mémoire du peuple Kayapo, ressentez-vous maintenant qu'il vous reste à accomplir un long et difficile travail pour la sauvegarde de l'Amazonie ?

    Comme je vous le disais un peu plus tôt, j´ai commencé une étude sur la mise en place d´un projet pouvant permettre aux Indiens Parecis de produire des produits naturels de manière durable, de mieux survivre et de mieux contrer la déforestation.

    Je souhaite aussi continuer de sensibiliser les gens à l´importance de soutenir ces peuples et de protéger l´environnement.

    Il s´agit pour moi d´un engagement de vie et il y a beaucoup à faire.

     

    - Merci !

     Et bien évidemment, nous vous mettons en relation avec la famille Impériale du Brésil.
     

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    Nous avons le plaisir de publier ce soir l'Interview de Bertrand Renouvin.

     

    Bertrand Renouvin : L'Interview sur Royauté-News

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    Bertrand Renouvin est une figure historique du royalisme français. Il fut l'un des fondateurs de la Nouvelle Action Royaliste, et son nom est entré dans la notoriété publique en se portant - le premier - candidat à une élection présidentielle, en 1974, où il avait obtenu 0,17% des voix.

     

    Il appela pour François Mitterrand en 1981 et en 1988, comme l'avait fait de son côté le Comte de Paris historique. En 2012, un communiqué virulent de l'actuel Comte de Paris condamnait le choix de ce mouvement qui appelait pour un obscur candidat du premier tour, et tandis que pour le second tour, Bertrand Renouvin et la Nouvelle Action Royaliste appelaient, notamment en raison de leur position défavorable vis-à-vis de l'ex-président français, en faveur de celui qui est aujourd'hui le nouveau président. Bertrand Renouvin a été membre du Conseil Economique et Social.

     

    Bertrand Renouvin est journaliste et écrivain. Directeur politique du bimensuel « Royaliste » et membre du Comité directeur de la Nouvelle Action royaliste, il anime un blog (WWW.bertrand-renouvin.fr) et le club parisien des Mercredis de la NAR.

     

     

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    L'Interview de Bertrand Renouvin -

     


    - Comment envisagez-vous l'évolution prochaine, et un peu plus lointaine, du royalisme en général ?
    Il n’y a pas, il n’y a jamais eu, de « royalisme en général ». Le royalisme a toujours été divisé : il y a eu, il y a encore, des ultras et des libéraux, des nostalgiques et des militants politiques fidèles à tel prince ou à tel autre. La même division règne chez les socialistes, les communistes, les nationalistes… Quant à la Nouvelle Action royaliste, elle évoluera en fonction d'une situation politique qui est pour le moment imprévisible.


    - Comment pour vous la rencontre historique avec le Comte de Paris (1908-1999) s'est-elle effectuée ?
    La Nouvelle Action royaliste a toujours été indépendante de la Maison de France mais elle a librement soutenu les initiatives du Comte de Paris pendant la dernière période de sa vie politique, entre 1976 et 1990 : publication des "Mémoires d’exil et de combat" et d’autres ouvrages, célébration du Millénaire de la France, relations entre le Prince et François Mitterrand… A Chantilly, le Comte de Paris a reçu de très nombreux militants de mon organisation et un grand nombre d’intellectuels de toutes opinions et traditions. Je m’entretenais souvent avec lui et nous le prévenions lorsque nous entrions en campagne mais jamais nous ne lui avons demandé la permission de nous engager. Nous étions, nous sommes toujours, libres de nos choix.


    - Les idées de votre campagne de 1974 étaient à la fois, en pertinence déjà, et aussi en avance sur l'époque (par rapport aux autres candidats), et finalement, ne demeurent-elles pas aujourd'hui toujours d'actualité, fraîches et toujours en avance ?
    Il est toujours pertinent de souligner le rôle décisif de l’Etat et de montrer que la nation est une collectivité politique indispensable. Mais nous profitions encore, en 1974, de l’œuvre accomplie par le général de Gaulle et l’héritage de la Libération n’était pas encore remis en cause. C’était aussi l’époque de la Guerre froide… Le grand basculement a commencé avec le « libéralisme avancé » de Valéry Giscard d’Estaing et la première grande crise économique. Aujourd’hui, nos débats et nos combats se fondent toujours sur le souci de la légitimité de l’Etat et sur le principe d’indépendance nationale mais dans une situation de crise systémique qui exige des révolutions économiques et sociales de très grande ampleur ainsi qu’un nouveau projet diplomatique.


    - Le modèle que représentait le Comte de Paris est-il bien mort, du côté de cette famille, (et sans doute pour longtemps), et d'autant que la NAR n'est pas attachée par tradition à cette famille ?
    Il n’y a pas de « mort » puisqu’il n’y avait pas de « modèle » mais un engagement du comte de Paris dans la vie politique qui lui a permis d’actualiser le projet capétien. La Nouvelle Action royaliste a toujours affirmé sa fidélité à la Maison de France.


    - La ligne de votre mouvement reste-elle un ancrage à gauche ?
    Ce que vous appelez « ancrage à gauche » est une invention journalistique qui a succédé à notre étiquetage gauchiste, tout aussi insensé. Il suffit de lire la collection de « Royaliste » pour se rendre compte que nous sommes beaucoup plus proche de l’authentique tradition gaullienne que du Parti socialiste tel qu’il a évolué depuis 1983.

     

    - Ressentez-vous appartenir à la grande famille royaliste, prise dans l'addition des différentes appartenances séparées, et dans cette variété que l'on peut juxtaposer ?
    Il y a une tradition royaliste en France, dont j’ai fait l’histoire mais les différents courants qui se disent royalistes n’ont rien en commun et ne se fréquentent guère. Je n’ai donc pas le sentiment d’appartenir à une « famille ». C’est avec des mouvements et des partis non-royalistes que la Nouvelle Action royaliste s’est jusqu’à présent engagée – par exemple en 2002 lors de la constitution du Pôle républicain autour de Jean-Pierre Chevènement.     

    - L'idée d'une 6° République est-elle une idée utile, pour dégager l'actuel système qui n'a plus rien de semblable avec la V° République du Général ?
    La 5ème République demeure, mais c’est un édifice ébranlé par le quinquennat. La 6ème République est un slogan qui annonce de timides réformes et pas le bouleversement que certains annonçaient il y a quelques années.


    - Manque-t-il d'une grande force politique aujourd'hui, et d'où pourrait-elle émerger si cela est possible ?
    Nous appelons à la réunion du « parti des politiques », qui est le parti des patriotes de droite et de gauche rassemblés pour le salut de la nation. Le parti des politiques remonte au 16ème siècle, il rassemblait catholiques et protestants soucieux d’en finir avec les guerres de religion. Il s’est reformé pendant la guerre autour du général de Gaulle et dans le Conseil national de la Résistance. Il faut qu’il renaisse pour sortir la nation de la crise économique et financière et pour empêcher que la droite radicale ne creuse les divisions entre citoyens français.


    - Peut-on diagnostiquer que c'est à un manque d'énergie royaliste, que le mouvement au sens large, n'adhère pas aux attentes des Français et demeure confidentiel ?
    Ce n’est pas l’énergie des royalistes qui fait défaut mais il y a bien, quelque part, un défaut d’énergie.


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